‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 209 sur 566 · NERON, AGRIPPINE · texte numérisé non relu

NERON, AGRIPPINE

ACR1PPI>E, «'asseyant.

Approchez-vous, Néron , et prenez votre place.

On veut sur vos soupçons que je vous satisfasse.

J'ignore de quel crime on a pu me noircir :

De tous ceux que j'ai faits je vais vous éclaircir. Vous régnez : vous savez combien votre naissance

Entre l'empire et vous avait mis de distance.

Les droits de mes aïeux, que Rome a consacrés,

Étaient même sans moi d'inutiles degrés. ' ^.

Quand de Britannicus la mère condamnée

Laissa de Claudius disputer l'hy menée ,

Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix ,

Qui de ses affranchis mendièrent les voiXj ^ ^ ■ '

Je souhaitai son lit , dans la seule pensée

De vous laisser au trône où je serais placée.

Je fléchis mon orgueil ; j'allai prier Pallas.

Son maître , chaque jour caressé dans mes bras ,

Prit iusensiblenïent dans les yeux de sa nièce

L'amour où je voulais amener sa tendresse.

Mais ce hen du sang qui nous joignait tous deux

Écartait Claudius d'un lit incestueux :

11 n'osait épouser la fille de son frère.

Le sénat fut séduit : une loi moins sévère

Mit Claude dans mon ht et Rome à mes genoux.

C'était beaucoup pour moi : ce n'était rien pour vous.

Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famille ; Je vous nommai son gendre , et vous donnai sa fille : Silanus , qui l'aimait , s'en vit abandonné , Et marqua de son sang ce jour infortuné. Ce n'était rien encore. Eussicz-vous pu prétendre Qu'un jour Claude à son fils dût préférer son gendre? De ce même Pallas j'implorai le secours : Claude vous adopta , vaincu par ses discours , Vous appela Néron , et du pouvoir suprême Voulut avant le temps vous faire part lui-même. C'est alors que chacun , rappelant le passé , Découvrit mon dessein déjà trop avancé;

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