ACTE II, SCÈNE IV
Hélas! pins de repos, seigneur, et moins d'éclat : A'otre amour ne peut-il paraître qu'au sénat? Ali , Titus ! (car enfin l'amour fuit la contrainte De tous ces noms que suit le respect et la crainte) De quel soin votre amour va -t-il s'importuner ? N'a-t-il que des États qu'il me puisse donner? Depuis quand croyez- vous que ma grandeur me touclie ? Un soupir, un regard, un mot de votre bouche, Voilà l'ambition d'un cœur comme le mien : Voyez-moi plus souvent, et ne me donnez rien. , . Tous vos moments sont-ils dévoués à l'empire ? Ce C(L'ur après huit jours n'a-t-il rien à me dire ? Qu'un mot va rassurer mes timides esprits ! Mais parliez-vous de moi quand je vous ai surpris ? Dans vos secrets discours étais-je intéressée , Seigneur ? étais-je au moins présente à la pensée ?
TITUS
N'en doutez point , madame; et j'atteste les dieux Que toujours Bérénice est présente à mes yeux. L'absence ni le temps , je vous le jure encore. Ne vous peuvent ravir ce ciBur qui vous adore.
Hé quoi ! vous me jurez une éternelle ardeur.
Et vous me la jurez avec cette froideur !
Pourquoi môme du ciel attester la puissance ?
Faut-il par des serments vaincre ma défiance ?
Mon cœur ne prétend point , seigneur, vous démentir ,
Et je vous en croirai sur un simple soupir.
TITUS
Madame...
BÉRÉNICE
Eh bien, seigneur ? Mais quoi ! sans me répondre, Vous détournez les yeux, et semblez vous confondre ! Ne m'offrirez- vous plus qu'un visage interdit ? Toujours la mort d'un père occupe votre esprit ? Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore ?
' TITUS
Plût aux dieux que mon père , hélas ! vécût encore ! Que je vivais heureux !
BÉRÉNICE
Seigneur, tous ces regrets De votre piété sont de justes effets.
296 BÉRÉNICE
Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire ; Vous devez d'autres soins à Rome , à votre gloire ; De mon propre intérêt je n'ose vous parler. Bérénice autrefois pouvait vous consoler : Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée. De combien de malheurs pour vous persécutée Vous ai-je pour un mot sacrifié mes pleurs 1 Vous regrettez un père -. hélas ! faibles douleurs l Et moi (ce souvenir me fait frémir encore) On voulait m'arracher de tout ce que j'adore , Moi , dont vous connaissez le trouble et le tourment Quand vous ne me quittez que pour quelque moment; Moi, qui mourrais le jour qu'on voudrait m'interdire De vous...
TITUS
Madame , hélas ! que me venez vous dire? Quel temps choisissez-vous? Ah! de grâce , arrêtez : C'est trop pour un ingrat prodiguer vos bontés.
BÉRÉNICE
Pour un ingrat , seigneur ! Et le pouvez-vous être ? Ainsi donc mes bontés vous fatiguent peut-être?
TITUS
Non, madame : jamais , puisqu'U faut vous parler, Mon cœur de plus de feux ne se sentit brûler. Mais...
BÉRÉNICE
Achevez.
TITUS
Hélas !
BÉRÉNICE
Parlez.
TITUS
Rome... L'empire...
BÉRÉNICE
Eh bien?
Sortons , Paulin; je ne lui puis rien dire.