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ACTE V, SCÈNE V

BÉnÉNICE.

Retournez , retournez vers ce sénat auguste Qui vient vous applaudir de votre cruauté. Eh bien ! avec plaisir l'avez-vous écouté ? Êtes- vous pleinement content de votre gloire ? Avez- vous bien promis d'oublier ma mémoire ? Mais ce n'est pas assez expier vos amours : Avez-vou8 bien promis de me haïr toujours ?

TITUS

Non , je n'ai rien promis. Moi , que je vous haïsse? Que je puisse jamais oublier Bérénice ? Ah, dieux ! dans quel moment son injuste rigueur De ce cruel soupçon vient afUiger mon cœur ! Connîdssez-moi , madame , et depuis cmq années Comptez tous les moments et toutes les journées Où , par plus de transports et par plus de soupirs , Je vous ai de mon cœur exprhné les désirs ; Ce jour surpasse tout. Jamais , je le confesse , Vous ne fûtes aimée avec tant de tendresse; Et jamais...

BÉRÉMCE.

Vous m'aimez, vous me le soutenez; Et cependant je pars; et vous me l'ordonnez! Quoi ! dans mon désespoir trouvez- vous tant de charmes? Craignez-vous que mes yeux versent trop peu de larmes? Que me sert de ce cœur l'inutile retour? Ah, cruel! par pitié montrez-moi moin» d'amour; Ne me rappelez point une trop chère idée ; Et laissez-moi du moins partir persuadée Que , déjà de votre âme exilée en secret. J'abandonne un ingrat qui me perd sans regret.

(Titus lit une lettre.)

Vous m'avez arraché ce que je viens d'écrire. Voilà de votre amour tout ce que je désire : Lisez, ingrat , lisez , et me laissez sortir.

TITUS

Vous ne sortirez pomt, je n'y puis consentir. Quoi! ce départ n'est donc qu'un cruel stratagème î Vous cherchez à mourir ! et de tout ce que j'aime Il ne restera plus qu'un triste souvenir ! Qu'on cherche Antiochus; qu'on le fasse venir. ( Bérénice se laisse tomber sur un siège.)

322 BÉRÉNICE

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