ACTE j;i, SCÈNE V. 3i
Ma bouche seulement eût pu le prononcer ?
Mais l'un ni l'autre enfin n'était point nécessaire -.
La sultane a suivi son penchant ordinaire ;
Et , soit qu'elle ait d'abord expliqué mon retour
Comme un gage certain qui marquait mon amour,
Soit que le temps trop cher la pressât de se rendre ,
A peine ai-je parlé , que , sans presque m'entendre ,
Ses pleurs précipités ont coupé mes discours :
EUe met dans ma main sa fortune , ses jours ,
Et , se fiant enfin à ma reconnaissance ,
D'un hymen infaillible a formé l'espérance.
Moi-même , rougissant de sa créduhté ,
Et d'un amour si tendre et si peu mérité ,
Dans ma confusion , que Roxane , madame ,
Attribuait encore à l'excès de ma flamme ,
Je me trouvais barbare , injuste , criminel.
Croyez qu'il m'a fallu , dans ce moment cruel ,
Pour garder jusqu'au bout un silence perfide ,
Rappeler tout l'amour que j'ai pour Atalide.
Cependant , quand je viens , après de tels e/forts , Chercher quelque secours contre tous mes remords, Vous-même contre moi je vous vois , irritée , Reprocher votre mort à mon âme agitée ; Je vois enfin , je vois qu'en ce même moment Tout ce que je vous dis vous touche faiblement. Madame , finissons et mon trouble et le vôtre : Ne nous aflligeons point vainement l'un et l'autre. Roxane n'est pas loin : laissez agir ma foi ; J'irai , bien plus content et de vous et de nuM , Détromper son amour d'une feinte forcée , Que je n'allais tantôt déguiser ma pensée. La voici.
ATAUDE.
Juste ciel ! où va-t-il s'exjwser ?
Si vous m'aimez , gardez de la désabuser.