SCÈNE I
ATALIDE, ZAÏÏIE.
ATAUDE.
Ah! sais-tu mes frayeurs? sais-tu que dans ces lieux J'ai vu du fier Orcan le visage odieux ? En ce moment fatal , que je crains sa venue ! Que je crains. .. Mais , dis-moi , Bajazet t'a-t-il vue? Qu'a-t-il dit ? se rend-il , ZaiYe, à mes raisons? Ira-t-il voir Roxane, et calmer ses soupçons?
ZAÏRE
Il ne peut plus la voir sans qu'elle le commande : Roxane ainsi l'ordonne , elle veut qu'il l'attende. Sans doute à cet esclave elle veut le cacher. J'ai feint en le voyant de ne le point chercher ; J'ai rendu votre lettre , et j'ai pris sa réponse. Madame , vous verrez ce qu'elle vous annonce.
ATALTOE lit :
Après tant d'injustes détours, Faut-il qu'à feindre encor votre amour me convie! Mais je veux bien prendre soin d'une vie Dont vous jurez que dépendent vos jours.
3fi4 BAJAZET.
Je verrai la sultane; et, par ma complaisance, Par de nouveaux serments de ma reconnaissance ,
J'apaiserai, si je puis, son courroux.
N'exigez rien de plus. Ni la mort, ni vous-même, Ne me ferez jamais prononcer que je l'aime.
Puisque jamais je n'aimerai que vous.
Hélas .' que me dit-il ? Croit-il que je l'ignore.' Ne sais-je pas assez qu'il m'aime , qu'il m'adore ? Est-ce ainsi qu'à mes vœux il sait s'accommoder ? C'est Roxane , et non moi , qu'il faut persuader. De quelle crainte encor me laisse-t-il saisie ! l'uneste aveuglement ! perfide jalousie ! Récit menteur ! soupçon que je n'ai pu celer! Fallait-il vous entendre ? ou fallait-il parler ? C'était fait , mon bonheur surpassait mon attente : J'étais aimée , heureuse , et Roxane contente. Zaïre , s'il se peut , retourne sur tes pas : Qu'û l'appaise. Ces mots ne me suffisent pas: Que sa-bouche , ses yeux, tout l'assure qu'il l'aime •" Qu'elle le croie enfin. Que ne puis-je moi-môme , Échauffant par mes pleurs ses soins trop languissants, .Mettre dans ses discours tout l'amour que je sens ! Mais à d'autres périls je crains de le commettre.
ZAÏRE
Roxane vient à vous.
Ah ! cachons cette lettre.