‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 299 sur 566 · ACTE fV, SCKXE V. m · texte numérisé non relu

ACTE fV, SCKXE V. m

Libre des soiiis cruels où j'allais ra'engager,

Ma tranquille fureur n'a plus qu'à se Tenger.

Qu'il meure •• vengeons-nous. Courez -. qu'on le saisisse : *'

Que la main des muets s'arme pour son supplice;

Qu'ils viemient préparer ces nœuds infortunés

Par qui de ses pareils les jours sont terminés.

Cours , Zatime ; sois prompte à servir ma colère.

2ATIME.

.Ah, madame!

ROXANE

Quoi donc ?

ZATIME.

Si , sans trop vous déplaire.

Dans les justes transports , madame , où je vous vois , J'osais vous faire entendre une timide voix : Bajazet , il est vrai , trop indigne de vivre , Aux mains de ces cruels mérite qu'on le livre; -Mais , tout ingrat qu'il est , croyez-vous aujourù'liui Qu'Amurat ne soit pas plus à craindre que lui ? Et qui Scdt si déjà quelque bouche infidèle Ne l'a point averti de votre amour nouvelle? Des cœurs comme le sien, vous le savez assez, Xe se regagnent plus quand ils sont offensés ; Et la plus prompte mort, dans ce moment sévère , Devient de leur amour la marque la plus chère.

ROXASE.

Avec quelle insolence et quelle cruauté , Ils se jouaient tous deux de ma crédulité ! Quel penchant, quel plaisir je sentais à les croire! Tu ne remportais pas une grande victoire , Perfide, en abusant ce cœur préoccupé.

Qui lui-même craignait de se voir détrompé ! Moi qui , de ce haut rang qui me rendait si fière , Dans le sein du malheur t'ai cherché la première Pour attacher des jours tranquilles, fortunés , .\ux périls dont tes jours étaient environnés ; Après tant de bonté , de soin , d'ardeurs extrêmes , Tu ne saurais jamais prononcer que tu m'aimes ! Mais dans quel souvenir me laksé-je égarer? Tu pleures , malheureuse ! Ah ! t« devais pleurer Lorsque , d'un vain désir à ta perte poussée ,

370 BAJAZE}.

Tu conçus (le le voir la première pensée. <

Tu pleures J et l'ingrat , tout prêt à te trahir,

Prépare les discours dont il veut t'éblouir ;

Pour plaire à ta rivale , il prend soin de sa vie.

Ah, traître ! tu mourras !... Quoi ! tu n'es point partie !

Va. Mais nous-inême allons, précipitons nos pas :

Qu'il me voie, attentive au soin de son trépas ,

Lui montrer à la fois , et l'ordre de son frère ,

Et de sa trahison ce gage trop sincère.

Toi , Zatime , retiens ma rivale en ces lieux.

Qu'il n'ait , en expirant, que ses cris pour adieux.

Qu'elle soit cependant fidèlement servie ;

Prends soin d'elle : ma haine a besoin de sa vie,

Ah ! si , pour son amant facUe à s'attendrir,

La peur de son trépas la fit presque mourir.

Quel surcroît de vengeance et de douceur nouvelle

De le montrer bientôt pâle et mort devant elle ;

De voir sur cet objet ses regards arrêtés

Mo payer les plaisirs que je leur ai prêtés !

Va, retiens-la. Surtout garde bien le silence.

Moi... Mais qui vient ici différer ma vengeance •

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