AT AUDE
O ciel !
OSMIN
Son amante en furie , Près de ces lieux , seigneur, craignant votre secours, Avait au nœud fatal abandonné ses jours. Moi-même des objets j'ai tu le plus funeste , Et de sa vie en vain j'ai cherché quelque reste; Bajazet était mort. Nous l'avons rencontré De morts et de mourants noblement entouré , Que , vengeant sa défaite , et cédant sous le nombre , Ce héros a forcés d'accompagner son ombre. .Mais, puisque c'en est fait , seigneur songeons à nous
\\i\ destins ennemis , où me réduisez-vous?
Je sais en Bajazet la perte que vous faites ,
Madame ; je sais trop qu'en l'état où vous êtes
n ne m'appartient point de vous offrir l'appui
De quelques malheureux qui n'espéraient qu'en lui :
Saisi , désespéré d'une mort qui m'accable ,
Je vais , non point sauver cette tête coupable ,
Mais , redevjd)le aux soins de mes tristes amis ,
Défendre jusqu'au bout leurs jours qu'ils m'ont commis.
Pour vous , si vous voulez qu'en quelque autre contrée
Nous allions confier votre tête sacrée ,
Madame , consultez -. maîtres de ce palais ,
Mes fidèles amis attendront vos souhaits;
Et moi , pour ne point perdre un temps si salutaire.
Je cours où ma présence est encor nécessaire ,
Et , jusqu'au pied des murs que la mer vient laver,
Sur mes vaisseaux tout prêts je viens vous retrouver.
384 BÀJÀZET.