‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 348 sur 566 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

HONIME.

Qu'entends-je ? On me disait... Hélas! ils m'ont trahie.

XIPHARÈS

Madame, je ne sais quel ennemi couvert.

Révélant nos secrets, vous trahit, et me perd.

Mais le roi, qui tantôt n'en croyait point Pharnace, >

Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe.

Il feint, il me caresse, et cache son dessein -.

Mais moi, qui, dès l'enfance élevé dans son sein ,

De tous ses mouvements ai trop d'intelligence,

.J'ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.

Il presse, il fait partir tous ceux dont mon malheur

Pourrait à la révolte exciter la douleur. , >

De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte. /;]/.

Un mot même d'Arbate a confirmé ma crainte :

Il a su m'aborder; et, les larmes aux yeux , n^oaltt^f

'< On sait tout, m'a-t-il dit ; sauvez-vous de ces lieakliiuoy

Ce mot m'a fait frémir du péril de ma reine ; 'iévj ,iuÇ

Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène.

Je vous crains pour vous-même -. et je viens à genoux ■:w

Vous prier, ma princesse, et vous fléchir pour vous.

Vous dépendez ici d'une main violente,

Que le sang le plus chët rarement épouvante ;

Et je n'ose a'ous dire à quelle cruauté

Mithridate jaloux s'est souvent emporté.

Peut-être c'est moi seul que sa fiireur menace;

Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce :

Daignez, au nom des dieux, daignez en profiter;

Par de nouveaux refus n'allez point l'irriter.

Moins vous l'aimez, et plus tâchez de lui complaire;

Feignez; efforcez-vous -. songez qu'D est mon père.

Vivez ; et permettez que dans tous mes malheurs

Je puisse à votre amour ne coûter que d$s plaurs.

HONIME. ''

Ah ! je vous ai perdu ! f^*^ floi'»

XIPHARÈS. ^^ WO'l

Généreuse Monime, Ne vous imputez pomt le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit : ,„ „ . , ., . Je SUIS un malheureux que le destm poursuit} C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mou père,

421 RnTURroATE.

Qui le fit mon rival, qui révolta ma mère, Et vient de susciter, dans ce moment affreux , Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

HONIME.

Hé quoi ! cet ennemi, vous l'ignorez encore ?

XIPOARÈS.

Pour surcroît de douleur, madame, je l'ignore. Heureux si je pouvais, avant que m'immoler. Percer le traître cœur qui m'a pu déceler !

MONIUE.

Eh bien, seigneur, il faut vous le faire connaître. Ne cherchez point ailleurs cet ennemi, ce traître; Frappez : aucun respect ne vous doit retenir. J'ai tout fait, et c'est moi que vous devez punir.

XIPHARÈS

Vous!

MONIME

Ah ! si vous saviez, prince, avec quelle adresse Le cruel est venu surprendre ma tendresse ! Quelle amitié sincère il affectait pour vous ! Content, s'il vous voyait devenir mon époux ! Qui n'aurait cru... Mais non, mon amour plus timide Devait moins vous livrer à sa bonté perfide. Les dieux qui m'inspiraient, et que j'ai mal suivis, M'ont fait taire trois fois par de secrets avis. J'ai dû continuer; j'ai dû dans tout le reste... Que sais-je enfin ? j'ai dû vous être moins funeste ; J'ai dû craindre du roi les dons empoisonnés : Et je m'en punirai si vous me pardonnez.

XIPHAKÈS.

Quoi ! madame, c'est vous, c'est l'amour qui m'expose ; Mon malheur est parti d'une si belle cause ; Trop d'amour a trahi nos secrets amoureux : Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux ! Que voudrais-jfi de plus? glorieux et fidèle, Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle : Consentez-y, madame ; et, sans plus résister. Achevez un hymen qui vous y fait monter.

HOMME

Quoi ! vous me demandez que j'épouse un barbare Dont l'odieux amour pour jamais nous sépare?

ACXE IV, SCÈ.NE IV. 425

Ul'HARÈS.

Songez que ce matin , soumise à ses souhaits, Vous deviez Tcpouser, et ne me voir jamais.

MOMME.

Eh ! connaissals-je alors toute sa barbarie ?

Ne voudriez- vous point qu'approuvant sa furie ,

Après vous avoir vu tout percé de ses coups ,

Je suivisse à l'autel un tyraunique époux ;

Et que , daur, une main de votre sang fumante ,

J'allasse mettre , hélas ! la main de votre amante ?

Allez; de ses fureurs songez à vous garder,

Sans perdre ici le temps à me persuader :

Le ciel m'inspirera quel parti je dois prendre.

Que serait-ce , grands dieux , s'il venait vous surprendre 1

Que dis-je? On vient. Allez : courez. Vivez enfin;

Et du moins attendez quel sera mon destin.

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