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ACTE V, SCÈ.NE lY

AUBATE.

Il vit, diargé de gloire, accablé de douleurs.

De sa mort en ces lieux la aouvelle semée

Ne vous a pas vous seule et sans cause alarmée ;

Les Romains , qui partout l'appuyaient par des cris,

Ont par ce bruit fatal glacé tous les esprits.

Le roi, trompé lui-même, eu a versé des larmes, Et, désormais certain du malheur de ses armes, Par un rebelle fils de toutes parts pressé , Sans espoir de secours, tout près d'être forcé, Et voyant, pour surcroit de douleur et de haine, Parmi ses étendards porter l'aigle romaine, 11 n'a plus aspiré qu'à s'ouvrir des chemins Pour éviter l'affront de tomber dans leurs mains. D'abord il a tenté les atteintes mortelles Des poisons que lui-même a crus les plus fidèles ; Il les a trouvés tous sans force et sans vertu. « Vain secours, a-t-il dit, que j'ai trop combattu ! « Contre tous les poisons soigneux de me défendre, « J'ai perdu tout le fruit que j'en pouvais attendre. « Essayons maintenant des secours plus certains , « Et cherchons un trépas plus funeste aux Romains. »

Il parle ; et, défiant leurs nombreuses cohortes ,

Du palais, à ces mots , il fait ouvrir les portes.

A l'aspect de ce ftont dont la noble fureur

Tant de fois dans leurs rangs répandit la terreur.

Vous les eussiez vus tous, retournant en arrière ,

Laisser entre eux et nous une large carrière ;

Et déjà quelques-uns couraient épouvantés

Jusque dans les vaisseaux qui les ont apportés.

Mais, le dirai-je.^ 6 ciel! rassurés par Pharnace,

Et la honte en leurs cœurs réveillant leur audace,

Ils reprennent aurage, ils attaquent le roi,

Qu'un reste de soldats défendait avec moi.

Qui pourrait exprimer par quels faits incroyables.

Quels coups, accompagnés de regards effroyables,

Son bras, se signalant pour la dernière fois ,

A de ce grand héros terminé les exploits?

Enfin , las et couvert de sang et de poussière ,

11 s'était fait de morts une noble barrière.

Un autre bataillon s'est avai.cé vers nous :

436 MITHRIDATE

Les Romains pour le joindre ont suspendu leurs coups -, Ils voulaient tous ensemble accabler Mithridate. Mais lui : « C'en est assez , ra'a-t-il dit , cher Arbate ; " Le sang et la fureur m'emportent trop avant. " Ne livrons pas surtout Mithridate vivant. » Aussitôt dans son sein il plonge son épée. iMais la mort fuit encor sa grande âme trompée. Ce héros dans mes bras est tombé tout sanglant , l'aible, et qui s'irritait contre un trépas si lent ; Et , se plaignant à moi de ce reste de vie , il soulevait encor sa main appesantie , Et , marquant à mon bras la place de son cœur, Semblait d'un coup plus sûr implorer la faveur, . Tandis que, possédé de ma douleur extrême , Je songe bien plutôt à me percer moi-même , De grands cris ont soudain attiré mes regards ; J'ai vu , qui l'aurait cru? j'ai vu de toutes parts Vaincus et renversés les Romains et Pharnace , Fuyant vers leurs vaisseaux , abandonner la place ; Et le vainqueur, vers nous s'avançant de plus prèe , A mes yeux éperdus a montré Xipharès.

UONIUE.

Juste ciel !

ARBATE.

Xipharès toujours resté fidèle , Et qu'au fort du combat une troupe rebelle , Par ordre de son frère , avait enveloppé , Mais qui , d'entre leurs bras à la fin échappé , Forçant les plus mutins , et regagnant le reste , Heureux et plein de joie en ce moment funeste , A travers mille morts , ardent , victorieux , S'était fait version père un chemin glorieux. Jugez de quelle horreur cette joie est suivie : Son bras aux pieds du roi l'allait jeter sans vie ; Mais on court, on s'oppose à son emportement. Le roi m'a regardé dans ce triste moment, Et m'a dit , d'une voix qu'il poussait avec peine •• « S'il en est temps encor, cours, et sauve la reine.» Ces mots m'ont fait trembler pour vous , pour Xipharès : J'ai craint , j'ai soupçonné quelques ordres secrets. Tout lassé que j'étais, ma frayeur et mon zèle

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