‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 358 sur 566 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MITHRIDATE, MONIME, XIPHARÈS , ARBATE, PHŒ- DIME, iUlCAS; cardes qui soutiennent Mitliridatc.

HOMME

Ah ! que Tois-je, seigneur, et quel sort est le vôtre !

UITHRIDÂTE.

Cessez et retenez vos larmes l'un et l'autre ;

(Montrant Xipliarès.)

Mon sort de sa tendresse et de votre amitié Veut d'autres sentiments que ceux de la pitié ; Et ma gloire , plutôt digne d'être admirée , Ne doit point par des pleurs être déshonorée. J'ai vengé l'univers autant que je l'ai pu : La mort dans ce projet m'a seule interrompu. Ehnemi des Romains et de la tyrannie , Je n'ai pomt de leur joug subi l'ignominie; Et j'ose me flatter qu'entre les noms fameux Qu'une pareille haine a signalés contre eux , Nul ne leur a plus fait acheter la victoire , Ni de jotirs mallieureux plus rempli leur liistoiie. Le ciel n'a pas voulu qu'achevant mon dessein , Rome en cendres me vît expirer dans son sein : Mais au moins quelque joie en mourant me console ; J'expire environné d'ennemis que j'immole ; Dans leur sang odieux j'ai pu tremper mes mains ; Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains. A mon fils Xipharès je dois cette fortune;

^38 '"' MITHRIDATE

Il épargne à ma mortieur présence import^^^ • Que ne puis-je payer ce service imporant De tout ce que mon trône eut de plus éclatant . to voul me tenez Ueu d'empire , de couromie ; vous seu e me restez : souftrez que je vous donne r/r et tous ces vœuK ^^-^^^^^ ' Mon cœur pour Xipbarès vous les demande

MONIME. -

Vivez scisneur, vivez pour le bonheur du monde , mJoùrSrtVquisur vous seul se fo^^^ Vivez pour triompher d'un ennemi vamcu , Pourvenger...; .;^^^^^^^^,

C'enestfait.madame.etjaivéou.

Monms,songezàv.us : ^^l^^^:,':::!^^^ Que de tant d'emiemis vous P^'^^f ^ ™^. ,. Bientôt touslesRomains,deleurhon^^^^^

Viendront ici sur vous fondre Je tou^f ^^^

SsSmacendreetl'honorent assez Cachez-leur pour un temps vos noms et votre vie. . Allez, réservez-vous... ^^^^^^^^^

Moi, seigneur, que je fuie?

Que Pharnace impuni , les. Romains triomphants,

N'éprouvent pas bientôt.^. ^^^^^^^^

Non, je vous le défends.

"Ï:-: sens affaiblir ma ^orce^ ^^^^^^^^^ m., Jesensquejememeurs . Appr^^^^^^^^^^

Dans cet embrassement ^««^1^3"^^' Veaez , et recevez l'àme de Miihudate.

■ ''" ' MONIME

n expire. xiPHARÈs. „î.«

Ah madame 1 unissons nos douleurs , ,„p

Et partoum^rscherchons-luides vengeurs .

PREFACE

Il n'y a rien de plas célèbre dans les poètes que le sacrifice d'iphigé* nte : uais Us ne s'accordent pas tons cnsetnble sur les plus Importantes particularités de ce sacrifice. Les uns, comme Eschyle dans AuA- MEM:«a:T, Sophocle dans Electre, et, après eux, Lucrèce, Horace, et beaucoup d'autres, veulent qu'on ait en effet répandu le sang d'Iphigénie, fille d'Agamemnun, et qu'elle soit morte en AuUde. 11 ne faut que lire Lucrèce au commencement de son premier livre :

Aulide quo pacto Trivial virginls ara m Iphianassal turparunt sanguine fœde Ductores Danaum, etc.

Et Ciytcmnestre dit dans Eschyle qu'Agamemnou son mari, qui vient d'expirer, rencontrera dans les enfers Ipbigénie sa flUc, qu'il a autrefois immolée.

D'autres ont feint que Diane ayant eu pitié de cette Jeune princesse , l'avait enlevée et portée dans la Tauride au moment qu'on l'allalt sacrifier, et que la déesse avait fait trouver en sa place ou une biche, on une autre victime de cette nature. Euripide a suivi cette fable, et Ovide l'a mise au nombre des métamorphoses.

Il y a une troisième opinion, qui n'est pas moins ancienne que les detn autres, sur Iphigénie. Plusieurs auteurs, et entre autres Stésichorus, l'un des plus anciens poètes lyriques, ont écrit qu'il était bien vrai qu'une princesse de ce nom avait été sacrifiée, mais que cette Iphigén'ie était une fille qu'Hélène avait eue de Thésée. Hélène, disent ces auteurs, ne l'avait osé avouer pour sa fille, parce qu'elle n'osait déclarer à Méoélas qu'elle eût été mariée en secret avec Thésée. Pausanias (.Corlnth^ pag. 125 ) rapporte et le témoignage et les noms des poêles qui ont été de ce senllinent; et il ajoute que c'était la créance commune de tout le pays d'Argon.

Homère enfin, le père des poBtes, a si peu prétendu qu'lphlgénie , fille d'Agamemnon, eût été ou sacrifiée en AuUde, ou transportée dans la Scythie, que, dans le neuvième livre de l'IUade , c'est-à-dire près de dix ans depuis l'arrivée des Grecs devant Troie, Agamemnon fait offrir en mariage à AchiUe sa fille Iphigénie, qu'il a, dit-il, laissée a Mycènes, dans sa maison.

J'ai rapporté tous ces avis si dilféreuts, et surtout le passage de Pausanias, parce que c'est à cet auteur que je dois l'heureux personnage d'Kriphlle, sans lequel je n'aurais jamais osé entreprendre cette tragédie. Quelle apparence que j'eusse souillé la scène par le meurtre hor* rible d'une personne aussi vertueuse et aussi aimable qu'il fallait représenter Iphigénie? Et quelle apparence encore de dénouer ma tragédie par le secours d'une déesse et d'une machine, et par une métamorphose qui pouvait bien trouver quelque créance du temps d'Euripide, mais qui serait trop absurde et trop incroyable parmi nous?

Je puis dire donc que j'ai été très-heureux de trouver dans les anciens citte autre Iphigénie, que j'ai pu représenter telle qu'il m'a plu, et qui , tombant dans le malheur où cette amante Jaloose voulait précipiter sa rivale, mérite en quelque façon d'être punie, sans être pourtant tout à fait indigne de couipassion. Aiusi le dénouement de la pièce est

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tiré (lu fond même de la pièce. Et il ne faut que l'avoir vu représenter puur comprendre quel plaisir J'ai fait au spectateur, et en sauvant à la liii une princesse vertueuse pour qui il" s'est si fort intéressé dans le cours de la tragédie, et en la sauvant par une autre voie que par un miracle, qu'il n'aurait pu souffrir, parce qu'il ne le saurait Jamais croire.

Le voyage d'Acbille à Lesbus, dont ce héros se rend maitre, et d'où il eulcve Ériphile avant que de venir en Aulide, n'est pas non plus sans fondement. Euptjorion de Cbalcide, poëte très-connu parmi les aik:iens, et dont Virgile ( Eclog. x) et Quintilien [Instit., llb. x) font une menlioa lionurable, parlait de ce voyage de Lesbos. Il disait dans un de ses pol'rucs, au rapport de Partliénius, qu'Achille avait fait la conquête de cette Ile avant que de Joindre l'armée des Grecs , et qu'il y avait même trouvé une princesse qui s'était éprise d'amour pour lui.

Voilà les principales choses en quoi je me suis un peu éloigné de l'économie et de la fable d'Euripide. Pour ce qui regarde les passions. Je me suis attaché à le suivre plus exaclement.,J'avoue que Je lui dois un bon nombre des endroits qui ont été le plus approuvés dans ma tragédie! et Je l'avoue d'autant plus volontiers, que ces approbations m'ont conlirraé dans l'estime et dans la vénération que J'ai toujours eues pour les ouvrages qui nous restent de l'antiquité. J'ai reconnu avec plaisir, par l'effet qu'a produit sur notre théâtre tout ce que J'ai Imité ou d'Homère ou d'Euripide, que le bon sens et la raison étaient les mèiaes dans tous les siècles. Le goût de Paris s'est trouvé conforme à celui d 'Athènes : mes spectateurs out été émus des mêmes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce, et qui ont fait dire qu'entre les poètes Euripide était extrêmement tragique, thagicôtatos, c'està-dire qu'il savait merveilleusement exciter la compassion et la terreur, qui sont les véritables effets de la tragédie.

Je m'étonne après cela que les modernes aient témoigné depuis peu tant de dégoût pour ce grand poète, dans le Jugement qu'Us ont fait de son Alceste; Il ne s'agit point ici de I'Alceste ; mais en vérité j'ai trop d'obligation à Euripide puur ne pas prendre quelque soin de sa mémoire , et pour laisser échapper l'occasion de le réconcilier avec ces messieurs. Je m'assure qu'il n'est si mal dans leur esprit que parce qu'ilsn'ont pas bien lul'ouvrage sur leqnel Ils l'ont condamné. J'ai choisi la plus Importante de leurs objections, pour leur montrer que J'ai raison de parier ainsi. Je dis la pliis Importante de leurs objections; car ils la répètent à chaque page, et Ils ne soupçonnent pas seulement que l'on y puisse répliquer.

Il y a dans I'Alceste d'Euripide une scène merveilleuse, où Alceste qui se meurt, et qui ne peut plus se soutenir, dit à son mari les derniers adieux. Admète, tout en larmes, la prie de reprendre ses forces, et de ne se point abandonner elle-même. Alceste, qui a l'Image de la mort devant les yeux, lui parle ainsi :

je vols déjà la rame et la barque fatale ; J'entends le vieux nocher sur la rive infernale : Impatient, il crie : On t'attend ici-bas. Tout est prêt, descends, viens, ne me retarde pas.

J'aurais souhaltë'de pouvoir exprimer dans ces vers les grAce« qu'ils ont dans l'original: mais au moins en vollA le sens. Voici comme C'S messieurs les ont entendus. 11 leur est tombé entre les maius une malheureuse édition d'Euripide, ou l'imprimeur a oublié de mettre dans

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le latin, il cCté de ces vers, un Al. qui slgalCe que c'est AJceste qui parle ; el , à cOté des vers suivants , un Ad. qui signifie que c'est .idmète qui répond. Li-dessus il leur est venu dans l'esprit la plus étrange pensée du monde : lis ont mis dans la bouclie d'Admète les paroles qu'Alccste dit à Admète, et celles qu'elle se fait dire par Ca ron. Ainsi Ils supposent qu'Admète, quoiqu'il soit en parfaite santé , pense voir dé]à Caron qui le vient prendre: et, au lieu que, dans ce passage d'Euripide, Caron Impatient presse Aleeste de le venir trouver; selon ces messieurs, c'est Admète effrayé qui est l'impatient, et qui presse Aleeste d'expirer, de peur que Caron ne le prenne. 1 11 a l'exhorte (ce sont leurs termes ) à avoir courage , à ne pas faire une

• lâcheté, et à mourir de bonne grâce ; il interrompt les adieux d'AIceste n pour lui dire de se dépécher de mourir. ■ Peu s'en fiiut, à les entendre, qu'il ne la fasse mourir lui-même.

Ce sentiment leur a paru fort vilain. Et ils ont raison : il n'y a personne qui n'en fût très-scaudatisc. Mais comment l'ont-ils pu attribuer à Euripide? En vérité, quand toutes les autres éditions où cet Al. n'a point été oublié ne donneraient pas un démenti au maihenreux imprimeur qui les a trompés, la suite de ces quatre vers, et tons les discours • qu'Admète tient dans la même scëue, étalent plus que suffisants pour les empêcher de tomber dans une erreur si déraisonnable. Car Admète, bien éloigné de presser Aleeste de mourir, s'écrie « que toutes les morts

• ensemble lui seraient moins cruelle* qae de la voir dans l'état où il I la volt : il la conjure de l'entraîner avec elle; il ne peut plus vivre i si elle meurt : il vlt.en elle ; il ne respire que pour elle. >

Ils ne sont pas plus heureux dans les autres objections. Us disent, par exemple, qu'Euripide a fait deux époux surannés d'Admète et d'AIceste ; que l'un est un vieux mari, et l'autre une princesse déjà sur l'âge. Euripide a pris soin de leur répondre en un seul vers, où il fait dire par le chœur qu'Aiceste toute Jeune , et dans la première fleur de son âge, expire pour son jeune époux.

Ils reprochent encore à Aleeste qu'elle a deux grands enfants à marier. Comment tfont-lls point lu le contraire en cent endroits , et surtout dans ce beau récit où l'on dépeint Aleeste mourante au milieu de ses deux petits entants qui la tirent, en pleurant, par la robe, et qu'elle prend su» ses bras l'un après l'autre pour les baiser ?

Tout le reste de leurs critiques est â peu près de la force de celles-ci. Mais Je crois qu'en voilà assez pour la défense de mon auteur. Je conseille â ces messieurs de ne plus décider si légèrement sur les ouvrages des anciens. Un homme tel qu'Euripide méritait au moins qu'ils l'examinassent, puisqu'ils avalent envie de le condamner. Ils devaient se souvenir de ces sages paroles de Qulntillen : • Il faut être extrêmement clrcons- « pectet trës-retenu à prononcer sur les ouvrages de ces grands hommes, « de peur qu'il ne nous arrive , comme à plusieurs , de condamner ce « qne nous n'entendons pas. Et , s'il faut tomber dans quelques excès, ■ encore vaut-il mieux pécher en admirant tout dans leurs écrits. < qu'en y blâmant beaucoup de choses (i). *

(i) Modeste tameo et circumspecto judicio de UotU virU pronuotlandum esl^ De , qnod pUrisque acndit, damnent qu2 non iotelliguot. Ac w nects^' est in alteram errare partem, omoia corum Irgentibiu plaeere, quam muli^i displiccre, maluena. «-

IPHIGElME,

TRAGÉDIE ,167i).

ACTEURS

AGAMEMNON

ACHILLE

ULYSSE

CLYTEMNESTRE, femme d'Asamemhon.

IPHIGÉNIE, fille d'Agamemnon.

ÉRIPHILE, fille d'Hélène et de Thisée.

ARZaS, 1

EURYBATE, jilomesUques d Agamomnon.

^GINE, femme de la suite de Clytemncslre.

DORIS, confidente d'Éripliile.

Gardes.

La scène est en Aitlide, dans la tente d' .igamemnon.

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