ACTE 1 , scè.m: I. 4'i
AhCAS.
Et depuis quand, seigneur, tenez-vous ce langage ?
Cornblé de tant d'honneurs, par quel secret outragi*
Les dieux, à vos désirs toujours si complaisantsV'- '-*---
Vous font-ils méconnaître et haïr leurs présents ?*«-*^f«-^
Hoi, père, époux heureux, fils du puissant Àtrée,
Vous possédez des Grecs la plus riche contrée :
Du sang de Jupiter issu de tous côtés.
L'hymen vous lie encore aux dieux dont vouj sortez -.-va,..^
Le jeune Achille enfin, vanté partant d'oracles,
Achille, à qui le ciel promet tant de miracles,
Recherche votre fille, et d'un hymen si beau
Veut dans Troie embrasée allumer le flambeau. *<!<^*^j^
Quelle gloire, seigneur, quels triom{ihes égalent
Le spectacle pjmpeux que ces bords vous étalejit,^--'-'
Tous ces mille vaisseaux qui, chargés de vingt rois,
N'attendent que les vents pour partir sous vos lois ?
Ce long calme, il est vrai, retarde vos conquôtes;
Ces vents, depuis trois mois enchaînés sur nos têtes, '^' '
D'ilion trop longtemps vous ferment le chemin :
Mais, parmi tant d'honneurs, vous êtes homme enfin ;
Tandis que vous vivrez, le sort, qui toujours change,
Ne vous a point promis un twnheur sans mélange.
Bientôt... Mais quels malheurs dans ce billet tracés
Vous arrachent, seigneur, les pleurs que vous versez?
Votre Oreste au berceau va-t-il finir sa vie?
Pleurez-vous Clytemnestre, ou bien Iphigénie ?
Qu'est-ce qu'on vous éciit? daignez m'en avertir.
AG.\MEJI.NO.N.
Non, tu ne mourras point, je n'y puis consentir .
ARCVS.
Seigneur...
AC.UIE)IN0l>'.
Tu vois mon trouble -, apprends ce qui le cause. Et juge s'il est temps, ami, que je repose.
Tu te souviens du jour qu'en Aulide assemblés Nos vîûsseaux par les vents semblaient être appelés» Nous partions; et déjà, par mille cris de joie. Nous menacions de loin les rivages de Troie. Un prodige étonnant fit taire ce transport : Le vent qui nous flattait nous laiisa dans le port.
4 14 IPHIGÉME.
Cl fallut s'arrêter; et la rame inutile rjiiifw-''' Fatigua vainemeut une mer immobile. y^ Ce miracle inouï me fit tourner les yeux ^'er8 la divinité qu'on adore en ces lieux : Suivi de Ménélas, de Nestor et d'Ulysse, J'offris sur ses autels un secret sacrifice. Quelle fut sa réponse ! et quel devins-je, Arcas, Quand j'entendis ces mots prononcés par Calchas
Vous armez contre Troie une puissance vaine. Si, dans un sacrilice auguste et solennel ,
Une lille du sang d'HclèDe De Diane en ces lieux n'ensanglante l'autel. <y"^ Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie,
Sacrifiez Ipbigénie.
Votre fille!
ACAUEMNON.
Surpris, comme tu peux penser.
Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer. Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage .Que par mille sanglots qui se firent passage. Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr, l'is vœu, sur leurs autels, de leur désobéir. Que n'en croyais-je alors ma jeudresse alarmée ! Je voulais sur-le-champ congédier l'armée. d.< vl v,.i. Ulysse, en apparence approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours ', Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie, 11 me représenta l'honneur et la patrie. Tout ce peuple, ces rois, à mes ordres soumis, ...l'Et l'empire d'Asie à la Grèce promis ; ^jL»-^ «.."ÎJe quel front, immolant tout l'État à ma fille, jU-^' Roi sans gloire, j'irais vieillir dans ma famille. -Moi-même, je l'avoue avec quelque pudeur. Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur, Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce ; bhatouUlaient de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse. ^, Pour comble de malheurs, des dieux, toutes les nuits '^ ^ Dès qu'un léger sommeil suspendait mes ennuis, Vengeant de leurs autels le sanglant privilège,