‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 373 sur 566 · IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS

IPniOÉNIE.

De cet accueil que dois-je soupçonner?

D'une secrète horreur je me sens frissonner : Je crains , malgré moi-même , un malheur que j'ignore. Justes dieux , vous savez pour qui je vous implore J

ÉHIPUILG.

Quoi ! parmi tous les soins qui doivent l'accabler, Quelque froideur suffit pour vous faire trembler ! Hélas 1 à quels soupirs suis-je donc condamnée , Moi qui , de mes parents toujours abandonnée , Étrangère partout , n'ai pas , même en naissant , Peut-être reçu d'eux un regard caressant ! Du moins , si vos respects sont rejetés d'un père , Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère; Et f de quelque disgrâce enfin que vous pleuriez , Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés !

II'UIGÉNIE.

Je ne m'en défends pomt : mes pleurs , belle Ériphile , Ne tiendront pas longtemps contre les soins d'Achille; Sa gloire , son amour, mon père , mon devoir. Lui domieut sur mon âme un trop juste pouvoir. Mais de lui-même ici que faut-il que je penSe ? Cet amant , pour me voir brûlant d'impatience , Que les Grecs de ces bords ne pouvaient arracher. Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher, S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue Qu'avec tant de transports je croyais attendue } . Pour moi , depuis deux jours qu'approchant de ces lieux Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux , Je Tattendais partout; et, d'un regard timide , Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide , Mon cœur pour le chercher volait loin devant moi : Et je demande Achille à tout ce que je voi. Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue. ■ Je n'ai percé qu'à peine une foule inconnue ; . Lui seul ne parait point : le triste Agamemnon Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom.

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