‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 395 sur 566 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

CLYTEMNESTliE.

S'il faut partir, ma fille est toute prête. Mais vous , n'avez-rous rien, seigneur, qui vous arrête ?

AGAMEMNON

Moi, madame?

CLYTEMNESTRE

Vos soins ont-ils tout préparé?

* AGAMEMNON

Calchas est prêt, madame, et l'autel est paré. J'ai fait ce que m'ordonne un devoir légitime.

CLYTEMNESTRE

Vous ne me parlez point, seigneur, de la victime.

AGAMEMXON.

Que me voulez-vous dire ? et de quel soin jaloux...

S C È N E I V AGAMEMNON CLYTEMNESTRE, IPHIGÊNIE, jEGINE.

CLYTEMNESTRE

Venez, venez , ma fille , on n'attend plus que vous-,

Venez remercier un père qui vous aime ,

Et qui veut à l'autel vous conduire lui-même.

AGAMEMNON

Que vois-je ! quel discours ! Ma fille , vous pleurez , Et baissez devant moi vos yeux mal assurés -. Quel trouble ! Mais tout pleure , et la fille , et la mère. Ah ! malheureux Arcas , tu m'as tralii !

IPUICÉNIE.

Mon père , Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi : Quand vous commanderez, vous serez obéi. Ma vie est votre bien; vous voulez le reprendre : Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre. D'un œil aussi content, d'un cœur aussi soumis Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis , Je saurai, s'il le faut, 'ictirae obéissante, Tendre au fer de Calchas une tête innocente ; Et, respectant le coup par vous-même ordonné , Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné. Si pourtant ce respect, si cette obéissance

'i80 IPHIGENIE.

Parait digne à vos yeux d'une autre récompense , Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis ; J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie , Ni qu'en me l'arrachant un sévère destin Si près de ma naissance en eût marqué la fin. F'Mlle d'Agamemnon , c'est moi qui la première , Sftigneur, vous appelai de ce doux nom de père ; C'est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux , Vous ai fait de ce nom remercier les dieux , Et pour qui, tant de fois prodiguant vos caressesy Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses. Hélas ! avec plaisir je me faisais conter Tous les noms des pays que vous allez dompter; Et déjà , d'nion présageant la conquête , D'un triomphe si beau je préparais la fête. f^^ Je ne m'atteiidais pas que , pour le commencer,

^^y,^^- /Mon sang fût le premier que vous dussiez verser. •-^V't^on que la peur du coup dont je suis menacée **^ Me fasse rappeler votre bonté passée -.

Ne craignez rien; mon cœur, de votre honneur jaloux,

Ne fera point rougir un père tel que vous ;

Et, si je n'avais eu que ma vie à défendre ,

J'aurais su renfermer un souvenir si tendre.

Mais à mon triste sort, vous le savez , seigneur.

Une mère, un amant, attachaient leur bonheur.

Un roi digne de vous a cru voir la journée

Qui devait éclairer notre illustre byménée ;

Déjà , sûr de mon cœur à sa flamme promis ,

11 s'estimait heureux : vous me l'aviez permis.

11 sait votre dessein ; jugez de ses alarmes.

Ma mère est devant vous ; et vous voyez ses larmes.

Pardonnez aux efforts que je viens de tenter

Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

AGAUEMNON.

Ma fille , il est trop vrai. J'ignore pour quel crime La colère des dieux demande une victime. Mais ils vous ont nommée : un oracle cruel Veut qu'ici votre sang coule sur un autel. Pour d^'.fendre vos jours de leurs lois meurtrières

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