‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 420 sur 566 · W.NONE · texte numérisé non relu

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Que faites-vous, madame? et quel mortel ennui Contre tout votre sang vous anime aujourd'hui ?

PHÈDRE

Puisque Vénus le veut , de ce sang déplorable Je péris la dernière et la plus misérable.

OENONE

Aimez-vous ?

PHÈDRE

De l'amour j'ai toutes les fureurs.

OENONE

Pour qui?

Tu vas ouïr le comble des horreurs.

J'aime... A ce nom fatal , je tremble , je frissonne. J'aime...

OENONE

Qui?

PHÈDRE. '

Tu connais ce fils de l'Amazone, Ce prince si longtemps par moi-même opprimé

OENONE

Hippolj te ? Grands dieux !

510 PHÈDRE

PHÈDRE

C'est toi qui l'as nommé!

OTINONE.

Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace ! O désespoir! ô crime! 6 déplorable race! Voyage iufoïUiué ! Uivage malheureux , Fallait-il approcher de tes bords dangereux !

PHÈDRE

Mon mal vient de plus loin, k peine au fils d'Egée

Sous les lois de l' hymen je m'étais engagée ,

Mon repos, mon bonheur semblait être affermi;

Athènes me montra mon superbe ennemi -.

Je le vis , je rougis , je pâlis à sa vue ;

Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;

Mes yeux ne voyaient plus , je ne pouvais parler ;

Je sentis tout mon corps et transir et brûler.

Je reconnus Vénus , et ses feux redoutables,

D'un sang qu'elle poursuit tourments mévitables.

Par des vœux assidus je crus les détourner.

Je lui bâtis un temple , et pris soin de 1 orner -,

De victimes moi-même à toute heure entourée ,

Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée :

D'un incurable amour remèdes impuissants .

En vain sur les autels ma main brûlait encens :

Quand ma bouche implorait le nom de la déesse ,

J'adorais Hippolyte-, et , le voyant sans cesse ,

Môme au pied des autels que je faisais fume. ,

J'olTrais tout à ce dieu que je n'osais nommer.

Je l'évitais partout. 0 comble de misère ! ^^

Mes yerie'retrouvaient dans les traits de son père. •

Contre moi-même enfin j'osai me révolter :

J'excitai mon courage à le persécuter

Pour bannir Tennemi dont j'étais idolâtre

J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre -,

Je pressai son exil ; et mes cris éternels

L'arrachèrent du sein et des bras paternels.

Je rcsDirais , Œnone ; et, depuis son absence,

Sur moins agités coulaient dans l'innocence :

soumise à mon époux, et.cacha.it mes ennuis, ^

De son fatal hymen je cultivais les fmits. ^ ,

Vaines précautions ! cruelle destméc !

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