ACTE rV, SCE.XE Yl
Mes crimes désormais ont comble la mesure : Je respire à la fois l'inceste et l'imposture ; Mes homicides mains, promptes à me venger, Dans le sang innocent brûlent de se plonger. Misérable .' Et je ris ! et je soutiens la rue De ce sacré soleil dont je suis descendue î J'ai pour aïeul le père et le maître des dieux ; Le ciel , tout l'univers est plein de mes aïeux : Oîi me cacher? Fuyons dans la nuit infernale. Mais que dis-je ! mon père y tient l'urne fatale ; Le sort, dit-on, l'a mise en ses sévères mains : Minos juge aux enfers tous les pâles humains. Ah ! combien frémira son ombre épouvantée Lorsqu'il verra sa fille, à ses yeux présentée, Contrainte d'avouer tant de forfaits divers, Et des crimes peut-être inconnus aux enfers! Que diras-tu, mon père, à ce spectacle horri'ble .' Je crois voir de ta main tomber l'urne teriible; Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau. Toi-même de ton sang devenir le bourreau. Pardonne. Un dieu cruel a perdu ta famille : Reconnais sa vengeance aux fureurs de ta fille, Héias ! du crime affreux dout la honte me suit Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit : Jusqu'au dernier soupir de malheurs poursuivie, Je rends dans les tourments une pénible vie.
OENONE
Eh ! repoussez, madame , une injuste terreur, Regardez d'un autre œil une excusable erreur. Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée : Par un charme fatal vous fûtes entraînée. Est-ce donc un prodige inouï parmi nous ? L'amour n'a-t-il encor triomphé que de vous ? La faiblesse aux humains n'est que trop naturelle : Mortelle, subissez le sort d'une mortelle. Vous vous plaignez d'un joug imposé dès longtemps : Les dieux mêmes, les dieux de l'Olympe habitants, Qui d'un bruit si terrible épouvantent les crimes, Ont brûlé quelquefois de feux illégitimes.
rUÈDRE.
Qu'entends -je ! Quels conseils ose-t-on me doimcrl
HACINE. . i^
542 PHÈDRE
Ainsi donc jusqu'au bout lu veux m'empoisonner,
Malheureuse ! Voilà comme tu m'as perdue.
Au jour que je fuyais c'est toi qui m'as rendue ;
Tes prières m'ont fait oublier mon devoir :
J'évitais Hippolyte , et tu me l'as fait voir.
De quoi te chargeais-tu ? Pourquoi ta bouche impie
A-t-elle, en. l'accusant, osé noircir sa vie ?
Il en mourra peut-ôtre, et d'un père insensé
Le sacrilège vœu peut-être est exaucé.
Je ne t'écoute plus. Va-t'en, monstre exécrable;
Va, laisse-moi le soin de mon sort déplorable.
Puisse le juste ciel dignement te payer !
Et puisse ton supplice à jamais effrayer
Tous ceux qui, comme toi, par de lâches adresses,
Des princes malheureux nourrissent les faiblesses,
Les poussent au penchant où leur cœur est enclin,
Et leur osent du crime aplanir le chemin !
Détestables flatteurs , présent le plus funeste
Que puisse faire aux rois la colère céleste !
OENONE, seule.
Ah dieux ! pour la servir j'ai tout fait, tout quitté ; Et j'en reçois ce prix ! Je l'ai bien mérité.