ACTE V, SCÈNE VI
Seigneur- mais je eralns tout du transport qui l'agite.
Un mortel désespoir sur sou visage est peint;
La pâleur de la mort est déjà sur son teint.
Déjà , de sa présence avec honte chassée ,
Dans la profonde mer Œnone s'est lancée ;
On ne sait point d'où part ce dessein furieux :
Et les flots pour jamais l'ont ravie à nos yeux.
THÉSÉE
Qu'enlends-je !
l'ANOPE.
Son trépas n'a point calmé la reine ; Le trouble semble croître en son âme incertaine. Quelquefois , pour flatter ses secrètes douleurs , Elle prend ses enfants et les baigne de pleurs; Et soudain , renonçant à l'amour maternelle , Sa main avec horreur lo6 repousse loin d'elle : Elle porte au hasard ses pas irrésolus , Son œil tout égaré ne nous reconnaît plus : Elle a trois fois écrit; et , changeant de pensée, Trois fois elle a rompu sa lettre commencée. Daignez la voir, seigneur ; daignez la secourir.
THÉSÉE
O ciel ! Œnone est morte , et Phèdre veut mourir! Qu'on rappelle mon fils, qu'il vienne se défendre; Qu'il vienne me parler, je suis prêt de l'entendre.
(Seul.) Ne précipite point tes funestes bienfaits , Neptune ; j'aime mieux n'être exaucé jamais. J'ai peut-être trop cru des témoms peu fidèles, Et j'ai trop tôt vers toi levé mes mains cruelle». Ah ! de quel désespoir mes vœux seraient suivis !