‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 458 sur 566 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Dans le temple voisin chacun clicrche un asile.

Hippolyte lui seul , digne fils d'un héros ,

Arrête ses coursiers , saisit ses javelots ,

Pousse au noonstre , et d'un dard lancé d'une main sûre

H lui fait dans le flanc une large blessure.

De rage et de douleur le monstre bonçUssant

Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant ,

Se roule , et leur présente une gueule enflammée

Qui les couvre de feu , de sang , et de fumée.

La frayeur les emporte ; et , sourds à cette fois ,

Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix ;

En efforts impuissants leur maître se consume ;

Ils rougissent le mors d'une sanglante écume.

On dit qu'on a vu même , en ce désordre affreux ,

Un dieu qaâ. d'aiguillons pressait leur flanc poudreux.

A travers les rochers la peur les précipite ;

L'essieu crie et se rompt : l'intrépide Hippolyte

Voit voler en éclats tout son char fracassé ;

Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

Excusez ma douleur : cette image cruelle

Sera pour moi de pleurs une source éternelle.

J'ai \Ti , seigneur, j'ai vu votre malheureux fils

Traîné par les chevaux que sa main a nourris.

11 veut les rappeler, et sa voix les effraie ;

Ils courent : tout son corps n'est bientôt qu'une plaie.

De nos cris douloureux la plaine retentit.

Leur fougue impétueuse enfin se ralentit :

Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques

Où des rois ses aïeux sont les froides reliques.

J'y cours en soupirant , et sa garde me suit;

De son généreux sang la trace nous conduit ;

Les rochers en sont teints ; les ronces dégouttantes

Portent de ses cheveux les dépouilles sanglant'"

J'arrive, je l'appelle -, et , me temlant la main ,

n ouvre un œil mourant qu'il referme soudain.

« Le ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie.

« Prends soin après ma mort de la triste Aricie.

n Cher ami , si mon père un jour désabusé

« Plaint le malheur d'un fils faussement accusé ,

« Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive ,

« Dis-lui qu'avec dou eiir il traite sa captive :

550 F'HÈDRE.

« Qu'il lui rende...» A ce mot, ce héros expiré N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré : Triste objet où des dieux triomphe la colère , Et que méconnaîtrait l'œil même de son père.

0 mon fils ! cher espoir que je me suis ravi ! Inexorable dieux , qiii m'avez trop servi ! A quels mortels regrets ma vie est réservée !

THÉR\MÉNE.

La timide Aricic est alors arrivée :

Elle venait , seigneur, fuyant votre courroux,

A la face des dieux l'accepter pour époux.

Elle approche ; elle voit l'herbe rouge et fumante -,

Elle voit (quel objet pour les yeux d'une amante ! )

Hippolyte étendu , sans forme et sans couleur.^. >'

Elle veut quelque temps douter de son malheur;

Et , ne connaissant plus ce héros qu'elle adore ,

Elle voit Hippolyte , et le demande encore ,

Mais, trop sûre à la fin qu'il est devant ses yeux .

Par un triste regard elle accuse les dieux ;

Et froide , gémissante , et presque inanimée ,

Aux pieds de son amant elle tombe pàraée.

Ismène est auprès d'elle ; Ismène tout en pleurs

La rappelle à la vie, ou plutôt aux douleurs.

Et moi , je suis venu , détestant la lumière ,

Vous dire d'un héros la volonté dernière ,

Et m'acquitter, seigneur, du malheureux emploi

Dont son cœur expirant s'est reposé sur moi.

Mais j'aperçois venir sa mortelle ennemie.

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