‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 461 sur 566 · PRÉFACE D'ESTHER · texte numérisé non relu

PRÉFACE D'ESTHER

sublime dont elles y sont oiioncées, pour peu qu'on les préseate, même Imparraitcment, aux ycui des lioinmes, sont si propres à les frapper, et d'ailleurs ces jeunes deraolsclles eut déclamé et chanté cet ouvrage avec lant de grâce, tant de modestie et tant de piété, qu'il n'a pas été possible qu'il demeurât renfermé dans le secret de leur maison : de sorte qu'un divertissement d'enfants est dévenu le sujet de l'empressement de toute la cour, le roi lui-même, qut en avait été touché, n'ayant pu refusera tout ce qu'il y a de plus grands seigneurs de les y mener, et ayant eu la sallsfactlon de voir, par le plaisir qu'ils y ont pris, qu'on se peut aussi bien divertir aux choses de piété qu'à tous les spectacles profanes.

An reste, quoique j'aie évité soigneusement de mêler te profane avec le sacré, l'ai cru néanmoins que je pouvais emprunter deux ou trois traits d'Hérodote, pour mieux peindre Assuérus: car j'ai suivi le sentiment de plusieurs savants interprètes de l'Écriture, qui tiennent que ce roi est le même que le fameux Darius, fils d'Hystaspc, dont paile cet historien. En elfct, Us en rapportent quantité de preuves, dont quelquesunes me paraissent des démonstrations. Mais je n'ai pas jugé à propos de croire ce même Hérodote sur sa parole, lorsqu'il dit que les Perses n'élevaient ni temples, ni autels, ni statues à leurs dieux, et qu'ils ne se servaient point de libations dans leurs sacrifices. Son témoignage est expressément détruit par l'Écriture , aussi bien que par Xénophon, beaucoup mieux instruit que lui des mœurs et des affaires de la Perse, et enfin par Quinte Curce.

On peut dire que l'unité de lieu est observée dans cette pièce, en ce que toute l'action se passe dans le palais d'Assuérus. Cependant, comme on voulait rendre ce divertissement plus agréable à des enfants en jetant quelque variété dans les décorations, cela a été cause que je n'ai pas gardé cette unité avec la même rigueur que j'ai fait autrefois dans mes tragédies.

Je crois qu'il est bon d'avertir Ici que, bien qu'il y ait dans Esther des personnages d'hommes , ces personnages n'ont pas laissé d'être représentés par des filles avec toute la bienséance de leur sexe. La chose leur a été d'autant plus aisée, qu'anclennemeut les habits des Persans et des Jul/s étalent de longues robes qui tombaient Jusqu'à terre.

Je ne puis me résoudre à finir cette préface sans rendre à celui qai a fait la musique la justice qui lui est due , et sans confesser franchement que ses chants ont fait un des plus grands agréments de la pièce. Tous les connaisseurs demeurent d'accord que depuis longtemps on n'a point entendu d'airs plus touchants , ni plus convenables aux paroles. Quelques personnes ont trouvé la musique du dernier choeur un peu lougue, quoique très belle. Mais qu'aurait-on dit de ces jeunes Israélites qui avalent tant fait de vœux à Dieu pour être délivrées de l'horrible pérlloù elles étalent, si, ce péril étant passé, elles lui en avalent rendu de médiocres actions de grâces? Elles auraient directement péché contre la louable coutume de leur nation, où l'on ne recevait de Dieu aucun lilenfait signalé, qu'on ne t'en remerciât sur-le-champ par de fort longs cantiques; témoin ceux de Marie sœur de MoTse.de Uébora et de Judith, et tant d'autr«s dont l'Écilture est pleine. On dit même que les Juifs, encore aujourd'hui, célèbrent par de grandes actions de grâces le Jour où leurs ancêtres lurent délivrés par Esther de la cruauté d'Aman.

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