‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 469 sur 566 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

MARDOCIIÉE.

Laissez les pleurs , Esther, à ces jeunes enfants. Eu vous est tout l'espoir de vos malheureux frère : U faut les secourir; mais les heures sont chères; Le temps vole , et bientôt amènera le jour Où le nom des Hébreux doit périr sans retour. Toute pleine du feu de tant de saints prophètes , Allez , osez au roi déclarer qui vous êtes.

Hélas ! ignorez- vous quelles sévères lois

Aux timides mortels cachent ici les rois ?

Au fond de leur palais leur majesté terrible

Affecte à leurs sujets de se rendre invisible ;

Et la mort est le prix de tout audacieux

Qui sans être appelé se présente à leurs yeux ,

Si le roi dans l'instant , pour sauver le coupable ,

Ne lui donne à baiser s )n sceptre redoutable.

Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal ,

Ni le rang , ni le sexe ; et le crime est égal.

Moi-même , sur son trône à ses côtés assise ,

Je suis à cette loi , comme une autre , soumise ;

Et sans le prévenir, il faut pour lui parler

Qu'il me cherche , ou du moins qu'il me fasse appeler,

HARDOCUÉE.

Quoi ! lorsque vous voyez périr votre patrie , Pour quelque chose , Esther, vous comptez votre vie ! Dieu parle; et d'un mortel vous craignez le courroux* Que dis-je ? votre vie , Esther, est-elle à vous.^ N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue ? N'est-elle pas à Dieu dont vous l'avez reçue .' Et qui sait , lorsqu'au trône il condmsit vos pas , Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas .' Songez-y bien : ce Dieu ne vous a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie , Ni pour charmer les yeux des profanes humains : Pour un plus noble usage il réserve ses saints. S'immoler pour son nom et pour son héritage , D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage : Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours ! Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours ? Que peuvent contre lui tous les rois de la terre.'

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En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre : Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer; Il parle , et dans la poudre il les fait tous rentrer. Au seul son de sa voix la mer fuit , le ciel tremble : Il voit comme un néant tout l'univers ensemble ; Et les faibles mortels , vains jouets du trépas , Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas. S'il a permis d'Aman l'audace criminelle , Sans doute qu'il voulait éprouver votre zèle. C'est lui qui , m'excitant à vous oser chercher, Devant moi , chère Esther, a bien voulu marcher : Et s'il faut que sa voix frappe en vain vos oreilles , Nous n'en verrons pas moins éclater ses merveilles. Il peut confondre Aman , il peut briser nos fers Par la plus faible main qui soit dans l'univers : Et vous , qui n'aurez point accepté cette grâce , Vous périrez peut-êtte, et toute votre race.

Allez : que tous les Juifs dans Suse répandus ,

A prier avec vous jour et nuit assidus ,

Me prêtent de leurs vœux le secours salutaire ,

Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère.

Déjà la sombre nuit a commencé son tour :

Demain , quand le soleil rallumera le jour,

Contente de périr, s'il faut que je périsse ,

J'irai pour mon pays m'offrir en sacrifice.

Qu'on s'éloigne un moment.

(Le chœur se retire vers le fond du théâtre.)

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