‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 478 sur 566 · ACTE U, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE U, SCENE I

Conservait sous la cciulre encor le même orgueil. D'où lui vient, cher ami , cette impudente audace ? * Toi , qui dans ce palais vois tout ce qui se passe, '

Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui ? Sur quel roseau fragile a-t-il rais son appui?

HYDASPE

Seigneur, vous le savez., son avis salutaire Découvrit de Tliarès le complot sanguinaire. Le roi promit alors de le récompenser : Le roi , depuis ce temps , paraît n'y. plus penser.

AMAN

Non , il faut à tes yeu\ dépouiller l'artifice : J'ai su de mon destin corriger l'injustice : Dans les mains des persans jeune enfant apporté, Je gouverne l'empire où je fus acheté ; Mes richesses des rois égalent l'opulence ; Environné d'enfants , soutiens de ma puissance , Il ne manque à mon front que le bandeau royal ; Cependant (des mortels aveuglement fatal ! ) De cet amas d'honneurs la douceur passagère Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère ; Mais Mardochéo , assis aux portos du palais, Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits; Et toute ma grandeur me devient insipide Tandis que le soleil éclaire ce perfide.

HYJ)ASPE.

Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours : La nation entière est promise aux vautours.

AMAN

Ah ! que ce temps est long à mon impatience I C'est lui, je te veux bien confier ma vengeance, C'est lui qui , devant moi refusant de ployer. Les a livrés au bras qui les va foudroyer. C'était trop peu pour moi d'une telle victime : La vengeance trop faible attire un second crime Un homme tel qu'Aman , lorsqu'on l'ose irriter, Dans sa juste fureur ne peut trop éclater. 11 faut des châtiments d')nt l'univers frémisse; Qu'on tremble en comparant l'offense et le supplice; Que les peuples entiers dans le sang soient noyés. Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés :

972 ESÏHER.

« Il fut des Juifs , il fut une lasolente race ;

« Répandus sur la terre , ils en couvraient la facu >. -,

« Un seul osa d'Aman attirer le courroux :

« Aussit<^4ile la terre ils disparurent tous. »

nVDASPE.

Ce n'est donc pas , seigneur, le sang amalécite Dont la voix à les perdre en secret vous excite ?

AMAN

Je sais que , descendu de ce sang malheureux,

Une éternelle haine a dû m'armer contre eux ;

Qu'ils firent d'Amalec un indigne carnage ;

Que, jusqu'aux vils troupeaux, tout éprouva leur rage;

Qu'un déplorable reste à peine fut sauvé :

Mais , crois-moi , dans le rang où je suis élevé ,

Mon âme, à ma grandeur tout entière attachée,

Des intérêts du sang est faiblement touchée.

Mardochée est coupable; et que faut-il de plus?

Je prévins donc contre eux l'esprit d'Assuérus;

J'inventai des couleurs ; j'armai la colomnie ;

J'intéressai sa gloire; il trembla pour sa vie.

Je les peignis puissants , riches , séditieux ;

Leur dieu même ennemi de tous les autres dieux.

« Jusqu'à quand souffre-t-on que ce peuple respire ,

« Et d'un culte profane mfecte votre empire ?

« Étrangers dans la Perse, à nos lois opposés,

« Du reste des humains ils semblent divisés ,

« N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes,

« Et, détestés partout, détestent tous les hommes.

« Prévenez , puitissez leurs insolents efforts ;

« De leur dépouille enfin grossissez vos trésors. »

Je dis ; et l'on me crut. Le roi , dès l'heure même

Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême :

Assure , me dit-il , le repos de ton roi ;

\a , perds ces malheureux : leur dépouille est à toi.

Toute la nation fut ainsi condamnée.

Du carnage avec lui je réglai la journée.

Mais de ce traître enfin le trépas différé .^

Fait trop souffHr mon cœur de son sang altéré. , ,,

Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie. ^^^^

Pourquoi dix jours enoor faut-il que je le voie ? .^.^

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