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ACTE III, SCÈIVE IV. 59.T

Et que reproche aux Juifs sa haine envenimée?

Quelle guerre intestine avons-nous allumée ?

Les a-t-on vus marcher parmi vos ennemis ?

Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis ?

Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie,

Pendant que votre main sur eux appesantie

A leurs persécuteurs les livrait sans secours ,

Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours, De rompre des méchants les trames criminelles , De mettre votre trône à l'ombre de ses ailes. N'en doutez point, seigneur, il fut votre soutien -. Lui seul mit à vos pieds le Parthe et l'Indien, Dissipa devant vous les innombrables Scythes , Et renferma les mers dans vos vastes limites : Lui seul aux yeux d'un Juif découvrit le dessein De deux traîtres tout prêts à vous percer le sein. Hélas! ce Juif jadis m'adopta pour sa fille.

ASSCÉRUS.

Mardochée?

H restait seul de notre famille.

Mon père était son frère. 11 descend comme moi Du saiig infortuné de notre premier roi. Plein d'une juste horreur pour un Amalécite, Race que notre Dieu de sa bouche a maudite , Il n'a devant Aman pu fléchir les genoux. Ni lui rendre un honneur qu'il ne croit dû qu'à vous. De là contre les Juifs et contre Mardochée Cette Iiaine , seigneur, sous d'autres noms cachée. En vain de vos bienfaits Mardochée est paré : A la porte d'Aman est déjà préparé D'un infôme trépas l'instrument exécrable ; Dans une heure au plus tard ce ^ieiila^d vénérable Des portes du palais par son ordre arraché. Couvert de votre pourpre , y doit être attaché.

ASSUÉRUS

Quel jour mêlé d'horreur vient effrayer mon Ame ! Tout mon sang de colère et de honte s'enflamme. J'étais donc le jouet... Ciel, daigne m'éclairer ! Un moment sans témoins chcrclions à respirer. Appelez Mardochée, il faut aussi l'entendre.

ILc roi s'éloigne.)

594 ESTIIER.

tNE ISRAÉLITE.

Vérité que j'implore , achève de descendre ! SCÈNE V.

ESTIIER, AMAN, ÉLISE, le choeur.

AUAK , à Esthcr.

D'un juste étonnement je demeure frappé. Les ennemis des Juifs m'ont tralii, m'ont trompé : J'en atteste du ciel la puissance suprême. En les perdant, j'ai cru vous assurer vous-même, l'rmcesse, en leur faveur employez mou crédit : Le roi, vous le voyez , flotte encore interdit. Je sais par quels ressorts on le pousse, on l'arrête ; Et fais, comme il me plaît, le calme et la tempête. Les intérêts des Juifs déjà me sont sacrés. Parlez : vos ennemis aussitôt massacrés, "\ictimes de la foi que ma bouche vous jure, De ma fatale erreur répareront l'injure. Quel sang demandez-vous.'

ESTUER.

Va , traître , laisse-moi Les Juifs n'attendent rien d'un méchant tel que toi. Misérable ! le Dieu vengeur de l'innocence , Tout prêt à te juger, tient déjà sa balance : Bientôt son juste arrêt te sera prononcé. Tremble ! son jour approche , et ton règne est passé !

AMAN

Oui , ce Dieu, je l'avoue, est un Dieu redoutable. Mais veut-il que l'on garde une haine implacable.' C'en est fait : mon orgueil est forcé de plier. L'inexorable Aman est réduit à prier.

(Il se jeUe aux pieJs d'Esther.)

Par le salut des Juifs , par ces pieds que j'embrasse, Par ce sage vieillard, l'honneur de votre race. Daignez d'un roi terrible apaiser le courrouv : Sauvez Aman, qui tremble à vos sacrés genoux.

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