‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 67 sur 566 · ACTE m, SCÈ^E m · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈ^E m

Et qu'avec mon vainqueur courant tout l'univers , J'aille vanter partout la douceur de ses fers ? S'il donne les États , qu'il te donne les nôtres ; Qu'il te pare , s'il veut , des dépouilles des autres. Règne : Porus ni moi n'en serons point jaloux; Et tu seras encor plus esclave que nous. J'espère qu'Alexandre , amoureux de sa gloire , Et fâché que ton crime ait souillé sa victoire , S'en lavera bientôt par ton propre trépas. Des traîtres comme toi font souvent des ingrats : Et, de quelques faveurs que sa main t'éblouisse, Du perfide Bessus regarde le supplice. •

Adieu.

CLÉOFILE , TAXILE.

CliOFILE.

Cédez , mon frère , à ce bouillant transport : Alexandre et le temps vous rendront le plus fort ; Et cet âpre courroux , quoi qu'elle en puisse dire , Ne s'obstinera point au refus d'un empire. Maître de ses destins, vous l'êtes de s >n cœur. Mais , dites-moi , vos yeux ont-ils vu le vainqueur? Quel traitement, mon frère, en devons-nous attendre? Qu'a-t-ildit.?

TAXILE

Oui , ma sœur, j'ai vu votre Alexandre. D'abord , ce jeune éclat qu'on remarque en ses traits M'a semblé démentir le nombre de ses faits ; Mon cœur, plein de son nom , n'osait , je le confesse , Accorder tant de gloire avec tant de jeunesse : Mais de ce même front l'héroïque fierté , Le feu de ses regards, sa haute majesté. Font connaître Alexandre ; et certes son visage Porte de sa grandeur l'infaillible présage , Et , sa présence auguste appuyant ses projets , Ses yeux comme son bras font partout des sujets n sortait du combat. Ebloui de sa gloire , Je croyais dans ses yeux voir briller la victoire. Toutefois , à ma vue oobliant sa fierté ,

86 ALEXANDRE

Il a fait à son tour éclater sa bonté. Ses transports ne m'ont point déguisé sa tendresse : « Retournez , m'a-t-il dit , auprès de la princesse -. « Disposez ses beaux yeux à revoir un vainqueur « Qui va mettre à ses pieds sa victoire et son cœur. » Il marche sur mes pas. Je n'ai rien à vous dire , Ma sœur : de votre sort je vous laisse l'empire ; Je vous confie encor la conduite du mien.

Vous aurez tout pouvoir, ou je ne pourrai^rien. Tout va vous obéir, si le vainqueur m'écoute.

TAXILE

Je vais donc... Mais on vient. C'est lui-même sans doute.

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