‹ Théâtre complet, publChapitre 150 sur 191 · ACTE I, SCENE II. iî · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II. iî

mettre au dessus de tous les hommes, ayent besoin de faire leur cour et de demander quelque chose. Anaxarque.

Vous devriez gagner un peu mieux vostre argent, et donner à madame de meilleures plaisanteries.

Ma foy, on les donne telles qu'on peut. Vous en parlez fort à vostre aise, et le mestier de plaisant n'est pas comme celuy d'astrologue. Bien mentir et bien plaisanter sont deux choses fort différentes, et il est bien plus facile de tromper les gens que de les faire rire.

Aristione.

Eh 1 qu'est-ce donc que cela veut dire ?

Clitidas, se parlant à luy-mesme.

Paix, impertinent que vous estes 1 Ne sçavezvous pas bien que l'astrologie est une affaire d' Estât et qu'il ne faut point toucher à cette corde-là ? Je vous i'ay dit plusieurs fois, vous vous émancipez trop, et vous prenez de certaines libertez qui vous joueront un mauvais tour, je vous en avertis. Vous verrez qu'un de ces jours on vous donnera du pied au cul, et qu'on vous chassera comme un faquin. Taisez-vous, si vous estes sage.

Aristione.

Où est ma fille ?

TiMociis.

Madame, elle s'est écartée, et je luy ay présenté une main qu'elle a refusé d'accepter.

Aristione.

Princes, puisque l'amour que vous avez pour

Eriphile a bien voulu se soumettre aux loix que j'ay voulu vous imposer, puisque j'ay sceu obtenir de vous que vous fussiez rivaux sans devenir ennemis, et qu'avec pleine soumission aux sentimens de ma fille vous attendez un choix dont je l'ay faite seule mais tresse, ouvrez-moy tous deux le fond de vostre ame, et me dites sincèrement quel progrez vous croyez l'un et l'autre avoir fait sur son cœur.

TlMOCLÉS.

Madame, je ne suis point pour me flater; j'ay fait ce que j'ay pu pour toucher le cœur de la princesse Eriphile, et je m'y suis pris, que je croy, de toutes les tendres manières dont un amant se peut servir. Je luy ay fait des hommages soumis de tous mes vœux; j'ay montré des assiduitez, j'ay rendu des soins chaque jour; j'ay fait chanter ma passion aux voix les plus touchantes, et l'ay fait exprimer en vers aux plumes les plus délicates; je me suis plaint de mon martyre en des termes passionnez; j'ay fait dire à mes yeux, aussi bien qu'à ma bouche, le desespoir de mon amour ; j'ay poussé à ses pieds des soupirs languissans, j'ay mesme répandu des larmes; mais tout cela inutilement, et je n'ay point connu qu'elle ait dans l'ame aucun ressentiment de mon ardeur.

Aristione.

Et vous, Prince ?

. Iphicrate.

Pour moy, Madame,. connoissant son indifférence et le peu. de cas qu'elle fait des devoirs qu'on luy rend, je n'ay voulu perdre auprès d'elle ny plaintes,

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