‹ Théâtre complet, publChapitre 152 sur 191 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Aristione.

La pudeur peut-estre l'empesche de s'expliquer à vous et à moy; servons-nous de quelque autre pour découvrir le secret de son cœur. Sostrate, prenez de ma part cette commission, et rendez cet office à ces princes de sçavoir adroitement de ma fille vers qui des deux ses sentimens peuvent tourner.

Sostrate.

Madame, vous avez cent personnes dans vostre cour sur qui vous pourriez mieux verser l'honneur d'un tel employ, et je me sens mal propre à bien exécuter ce que vous souhaitez de moy.

Aristione.

Vostre mérite, Sostrate, n'est point borné aux seuls emplois de la guerre; vous avez de l'esprit, de la conduite, de l'adresse, et ma fille fait cas de vous.

Sostrate.

Quelqu'autre mieux que moy, Madame...

Aristione.

Non, non, en vain vous vous eh défendez.

Sostrate.

Puisque vous le voulez, Madame, il vous faut obeïr; mais je vous jure que, dans toute vostre cour, vous ne pouviez choisir personne qui ne fust en estât de s'acquiter beaucoup mieux que moy d'une telle commission.

Aristione.

C'est trop de modestie, et vous vous acquiterez toujours bien de toutes les choses dont on vous chargera. Découvrez doucement les sentimens Molière. VI. 3i

d'Eriphile, et faites-la resouvenir qu'il faut se rendre de bonne-heure dans le bois de Diane.

Page 1