‹ Théâtre complet, publChapitre 170 sur 191 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Eriphile.

J'en ay, Madame, tout le ressentiment qu'il est possible.

Cependant vous les faites long-temps languir sur ce qu'ils attendent de vous. J'ay promis de ne vous point contraindre ; mais leur amour vous presse de vous déclarer, et de ne plus traisner en longueur la recompense de leurs services. J'ay chargé Sostrate d'apprendre doucement de vous les sentimens de vostre cœur, et je ne sçay pas s'il a commencé à s'acquiter de cette commission.

Eriphile.

Oûy, Madame; mais il me semble que je ne puis assez reculer ce choix dont on me presse, et que je ne sçaurois le faire sans mériter quelque blâme. Je me sens également obligée à l'amour, aux empressemens, aux services de ces deux princes, et je trouve une espèce d'injustice bien grande à me montrer ingrate ou vers l'un ou vers l'autre par le refus qu'il m'en faudra faire dans la préférence de son rival.

Iphicrate.

Cela s'appelle, Madame, un fort honneste compliment pour nous refuser tous deux.

Aristione.

Ce scrupule, ma fille, ne doit point vous inquiéter, et ces princes tous deux se sont soumis, il y a long-temps, à la préférence que pourra faire vostre inclination.

Eriphile.

L'inclination, Madame, est fort sujete à se

tromper, et des yeux désintéressez sont beaucoup plus capables de faire un juste choix.

Aristione.

Vous sçavez que je suis engagée de parole à ne rien prononcer là-dessus, et parmy ces deux princes vostre inclination ne peut point se tromper et faire un choix qui soit mauvais.

Eriphile.

Pour ne point violenter vostre parole ny mon scrupule, agréez, Madame, un moyen que j'ose proposer.

Aristione.

Quoy, ma fille ?

Eriphile.

Que Sostrate décide de cette préférence. Vous l'avez pris pour découvrir le secret de mon cœur, souffrez que je le prenne pour me tirer de l'embarras où je me trouve.

Aristione.

J'estime tant Sostrate que, soit que vous vouliez vous servir de luy pour expliquer vos sentimens, ou soit que vous vous en remettiez absolument à sa conduite, je fais, dy-je, tant d'estime de sa vertu et de son jugement que je consens de tout mon cœur à la proposition que vous me faites. IphicrXte.

C'est à dire, Madame, qu'il nous faut faire nostre cour à Sostrate ?

Sostrate.

Non, Seigneur, vous n'aurez point de cour à me faire, et, avec tout le respect que je dois aux

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