‹ Théâtre complet, publChapitre 180 sur 191 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

vestus. Ce n'est pas mesme que la princesse ma mère ne m'ait assez laissé la disposition de mes vceux, et je ne doute point, je vous l'avoue, que mes prières n'eussent pu tourner son consentement du cbsté que j'aurois voulu ; mais il est des estats, Sostrate, où il n'est pas honneste de vouloir tout ce qu'on peut faire. Il y a des chagrins à se mettre au dessus de toutes choses, et les bruits fâcheux de la renommée vous font trop acheter le plaisir que l'on trouve à contenter son inclination. C'est à quoy, Sostrate, je ne me serois jamais résolue, et j'ay creu faire assez de fuir l'engagement dont j'estois sollicitée. Mais enfin les dieux veulent prendre le soin eux-mesmes de me donner un époux; et tous ces longs délais avec lesquels j'ay reculé mon mariage, et que les bontez de la princesse ma mère ont accordez à mes désirs; ces délais, dy-je, ne me sont plus permis, et il me faut résoudre à subir cet arrest du Ciel. Soyez seur, Sostrate, que c'est avec toutes les répugnances du monde que je m'abandonne à cet hymenée, et que, si j'avôis pu estre maistressede moy, ou j'aurois esté à vous, ou je n'aurois esté à personne. Voila, Sostrate, ce que j'avois à vous dire, voila ce que j'ay creu devoir à vostre mérite, et la consolation que toute ma tendresse peut donner à vostre flâme.

Sostrate.

Ah ! Madame, c'en est trop pour un malheureux ! Je ne m'estois pas préparé à mourir avec tant de gloire, et je cesse, dans ce moment, de me plaindre des destinées. Si elles m'ont fait naistre

a88 LES AMANS MAGNIFIQUES

dans un rang beaucoup moins élevé que mes desirs, elles m'ont fait naistre assez heureux pour attirer quelque pitié du cœur d'une grande princesse ; et cette pitié glorieuse vaut des sceptres et des couronnes, vaut la fortune des plus grands princes de la terre. Oûy, Madame, dés que j'ay osé vous aymer (c'est vous , Madame , qui voulez bien que je me serve de ce mot téméraire), dés que j'ay, dy-je, osé vous aymer, j'ay condamné d'abord l'orgueil de mes désirs, je me suis fait moy-mesme la destinée que je devois attendre. Le coup de mon trépas, Madame, n'aura rien qui me surprenne, puisque je m'y estois préparé; mais vos bontez le comblent d'un honneur que mon amour jamais n'eust osé espérer, et je m'en vais mourir, après cela, le plus content et le plus glorieux de tous les hommes. Si je puis encore souhaiter quelque chose, ce sont deux grâces, Madame, que je prends la hardiesse de vous demander à genoux : de vouloir souffrir ma présence jusqu'à cet heureux hymenée qui doit mettre fin à ma vie, et, parmy cette grande gloire et ces longues prosperitez que le Ciel promet à vostre union, de vous souvenir quelquefois de l'amoureux Sostrate. Puis-je, divine Princesse, me promettre de vous cette précieuse faveur?

Eriphile.

Allez, Sostrate, sortez d'icy. Ce n'est pas aymer mon repos que de me demander que je me souvienne de vous.

Sostrate.

Ah! Madame, si vostre repos...

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