ACTE V, SCENE IV
Iphicrate.
Et quelle justice, Madame, auriez-voûs pu nous faire de luy, si vous la faites si peu à nostre rang dans le choix que vous embrassez? Ne vous estes-vous pas soumis l'un et l'autre à ce que pourroient décider ou les ordres du Ciel ou l'inclination de ma fille ?
Timoclés.
Oûy, Madame , nous nous sommes soumis à ce qu'ils pourroient décider entre le prince Iphicrate et moy, mais non pas à nous voir rebutez tous deux.
Aristione.
Et, si chacun de vous a bien pu se résoudre à souffrir une préférence, que vous arrive-t-il à tous deux où vous ne soyez préparez ? et que peuvent importer à Tun et à l'autre les interests de son rival? Iphicrate.
Oûy, Madame , il importe. C'est quelque consolation de se voir préférer un homme qui vous est égal, et vostre aveuglement est une chose épouventable.
Aristione.
Prince, je ne veux pas me brouiller avec une personne qui m'a fait tant de grâce que de me dire des douceurs; et je vous prie, avec toute l'honnesteté qu'il m'est possible, de donner à vôtre chagrin un fondement plus raisonnable; de vous souvenir, s'il vous plaist, que Sostrateest revestu d'un mérite qui s'est fait connoistre à toute la Grèce, et que le rang où le Ciel l'élevé auiour-
d'huy va remplir toute la distance qui estoit entre luy et vous.
Iphicrate.
Oûy,oùy, Madame, nous nous en souviendrons; mais peut-estre aussi vous souviendrez-vous que deux princes outragez ne sont pas deux ennemis peu redoutables.
TiMOCiis.
Peut-estre, Madame, qu'on ne goûtera pas longtemps la joye du mépris que l'on fait de nous. Aristione.
Je pardonne toutes ces menaces aux chagrins d'un amour qui se croit offencé , et nous n'en verrons pas avec moins de tranquillité la feste des Jeux Pythiens. Allons-y de ce pas, et couronnons parce pompeux spectacle cette merveilleuse journée.
SIXIÈME INTERMEDE