ACTE I, SCENE V. îi
nage cette douce conformité qui sans cesse y maintient l'honneur, la tranquillité et la joye , et que...
Harpagon.
Sans dot !
Il est vray. Cela ferme la bouche à tout. Sans dot! Le moyen de résister à une raison comme celle-là !
Harpagon. (Il regarde vers le jardin.) Oûais! Il me semble que j'entens un chien qui aboyé. N'est-ce point qu'on en voudroit à mon argent? Ne bougez, je reviens tout à l'heure. Elise.
Vous moquez -vous, Valere, de luy parler comme vous faites ?
Valere.
C'est pour ne point l'aigrir et pour en venir mieux à bout. Heurter de front ses sentimens est le moyen de tout gaster, et il y a de certains esprits qu'il ne faut prendre qu'en biaisant, des tempéramens ennemis de toute résistance, des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours se roidissent contre le droit chemin de la raison , et qu'on ne mené qu'en tournant où Ton veut les conduire. Faites semblant de consentir à ce qu'il veut, vous en viendrez mieux à vos fins, et... Elise.
Mais ce mariage , Valere ?
Valere.
On cherchera des biais pour le rompre.
Elise.
Mais quelle invention trouver, s'il se doit conclure ce soir ?
Valere.
Il faut demander un delay et feindre quelque maladie.
Mais on découvrira la feinte si l'on appelle des médecins.
Valere.
Vous moquez-vous ? Y connoissent-ils quelque chose? Allez, allez, vous pourrez avec eux avoir quel mal il vous plaira, ils vous trouveront des raisons pour vous dire d'où cela vient.
Harpagon.
Ce n'est rien, Dieu mercy.
Valere.
Enfin nostre dernier recours, c'est que la fuite nous peut mettre à couvert de tout; et, si vostre amour, belle Elise , est capable d'une fermeté... (// apperçoit Harpagon.) Oùy, il faut qu'une fille obéisse à son père. Il ne faut point qu'elle regarde comme un mary est fait; et, lors que la grande raison de sans dot s'y rencontre , elle doit estre preste à prendre tout ce qu'on luy donne.
Harpagon.
Bon ! Voila bien parlé, cela.
Valere.
Monsieur, je vous demande pardon si je m'emporte un peu et prens la hardiesse de luy parler comme je fais.