‹ Théâtre complet, publChapitre 22 sur 191 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

La Flèche.

Oûy, mais à quelques petites conditions qu'il faudra que vous acceptiez si vous avez dessein que les choses se fassent.

T'a-t-il fait parler à celuy qui doit prester l'argent?

La Flèche.

Ah ! vrayment , cela ne \a pas de la sorte. Il apporte encore plus de soin à se cacher que vous, et ce sont des mystères bien plus grands que vous ne pensez. On ne veut point du tout dire son nom , et Ton doit aujourd'huy l'aboucher avec vous dans une maison empruntée , pour estre instruit par vostre bouche de vostre bien et de vostre famille; et je ne doute point que le seul nom de vostre père ne rende les choses faciles. Cleante.

Et principalement nostre mère estant morte, dont on ne peut m'oster le bien.

La Flèche.

Voicy quelques articles qu'il a dictez luy-mesme à nostre entremetteur, pour vous estre montrez avant que de rien faire.

Suposé que le presteur voye toutes ses seuretez, et que l'emprunteur soit majeur et d'une famille où le bien soit ample, solide, assuré, clair et net de tout embarras, on fera une bonne et exacte obligation pardevant un notaire, le plus honneste homme qu'il se pourra, et qui pour cet effet sera choisi par le presteur, auquel il importe le plus que Pacte soit deuëment dressé.

Cleante* Il n'y a rien à dire à cela.

La Flèche.

Le presteur, pour ne charger sa conscience d'aucun scrupule, prétend ne donner son argent qu'au denier dix-huit.

Au denier dix-huit? Parbleu, voila qui est honneste! Il n'y a pas lieu de se plaindre.

La Flèche.

Cela est vray.

Mais, comme ledit presteur n'a pas chez luy la somme dont il est question, et que pour faire plaisir à l'emprunteur il est contraint luy-mesme de l'emprunter d'un autre sur le pied du denier cinq, il conviendra que ledit premier emprunteur paye cet interest, sans préjudice du reste, attendu que ce n'est que pour l'obliger que ledit presteur s'engage à cet emprunt.

Cleante.

Comment diable! Quel juif, quel arabe est-ce là? C'est plus qu'au denier quatre.

La Flèche.

Il est vray, c'est ce que j'ay dit. Vous avez à voix là-dessus.

Cleante.

Que veux-tu que je voye? J'ay besoin d'argent, et il faut bien que je consente à tout.

La Flèche.

C'est la réponse que j'ay faite.

Cleante.

Il y a encore quelque chose ?

La Flèche.

Ce n'est plus qu'un «petit article.

Des quinze mille francs qu'on demande, le presteur ne

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