‹ Théâtre complet, publChapitre 3 sur 191 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

réintroduire à son service; sous quel masque de svmpathie et de rapports de sentimens je me déguise pour luy plaire, et quel personnage je joue tous les jours avec luy afin d'acquérir sa tendresse. J'y fais des progrés admirables, et j'éprouve que, pour gagner les hommes, il n'est point de meilleure voye que de se parer à leurs yeux de leurs inclinations, que de donner dans leurs maximes, encenser leurs défauts et aplaudir à ce qu'ils font. On n'a que faire d'avoir peur de trop charger la complaisance, et la manière dont on les joue a beau estre visible, les plus fins toujours sont de grandes dupes du costé de la flaterie, et il n'y a rien de si impertinent et de si ridicule qu'on ne fasse avaler lors qu'on l'assaisonne en louange. La sincérité souffre un peu au mestier que je fais; mais, quand on a besoin des hommes, il faut bien s'ajuster à eux, et, puis qu'on ne sçauroit les gagner que par là, ce n'est pas la faute de ceux qui flatent, mais de ceux qui veulent estre flatez. Elise.

Mais que ne tâchez-vous aussi à gagner l'appuy de mon frère en cas que la servante s'avisast de révéler nostre secret ?

Valere.

On ne peut pas ménager l'un et l'autre; et l'esprit du père et celuy du fils sont des choses si opposées qu'il est difficile d'accommoder ces deux confidences ensemble. Mais vous, de vostre part, agissez auprès de vostre frère et servezvous de l'amitié qui est entre vous deux pour le jetter dans nos interests. Il vient. Je me retire.

Prenez ce temps pour luy parler, et ne luy découvrez de nostre affaire que ce que vous jugerez à propos.

Elise. .

Je ne sçay si j'auray la force de luy faire cette confidence.

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