MARIANE, FROSINE
M ARIANE
Ah l que je suis, Frosine, dans un étrange état !
et, s'il faut dire ce que je sens, que j'appréhende cette veuê !
Frosine.
Mais pourquoy? et quelle est vostre inquiétude?
Mariane.
Helasf me le demandez-vous? et ne vous figurez-vous point les alarmes d'une personne toute preste à voir le suplice où l'on veut l'attacher?
Frosine.
Je voy bien que, pour mourir agréablement, Harpagon n'est pas le suplice que vous voudriez embrasser; et je connois, à vostre mine, que le jeune blondin dont vous m'avez parlé vous revient un peu dans l'esprit.
Mariane.
Oûy. C'est une chose, Frosine, dont je ne veux pas me défendre ; et les visites respectueuses qu'il a rendues chez nous ont fait, je vous l'avoue, quelque effet dans mon ame.
Frosine.
Mais avez- vous sceu quel il est?
Mariane.
Non, je'ne sçay point quel il est; mais je sçay qu'il est fait d'un air à se faire aimer; que, si l'on pouvoit mettre les choses à mon choix, je le prendrais plutost qu'un autre, et qu'il ne contribue pas peu à me faire trouver un tourment effroyable dans l'épous qu'on veut me donner.
Frosine.
Mon Dieu, tous ces blondins sont agréables