CLEANTE, HARPAGON, ELISE, MARIANE, FROSINE
Cleante.
Madame, à vous dire le vray, c'est icy une avanture où sans doute je ne m'attendois pas, et mon père ne m'a pas peu surpris lors qu'il m'a dit tantost le dessein qu'il avoit formé.
Mariane.
Je puis dire la mesme chose. C'est une rencontre impréveuë qui m'a surprise autant que vous, et je n'estois point préparée à une pareille avanture.
Cleante.
Il est vray que mon père, Madame, ne peut pas faire un plus beau choix, et que ce m'est une sensible joye que l'honneur de vous voir; mais, avec tout cela, je ne vous assureray point que je me réjouis du dessein où vous pourriez estre de devenir ma belle-mere. Le compliment, je vous l'avoué, est trop difficile pour moy ; et c'est un titre, s'il vous plaist, que je ne vous souhaite point. Ce discours paroistra brutal aux yeux de quelques-uns; mais je suis assuré que vous serez personne à le prendre comme il faudra ; que c'est un mariage, Madame, où vous vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance ; que vous n'ignorez pas, sçachant