ACTE IV, SCENE III. 9 i
Cleante.
Ce qui m'en semble?
Harpagon.
Oûy, de son air, de sa taille, de sa beauté , de son esprit?
Cleante.
Là, là.
Mais encor ?
Harpagon.
Cleante.
A vous en parler franchement, je ne Tay pas trouvée icy ce que je l'avois creuë. Son air est de franche coquette; sa taille est assez gauche, sa beauté tres-mediocre, et son esprit des plus communs. Ne croyez pas que ce soit, mon père, pour vous en dégouster : car, belle-mere pour belle* mère, j'aime autant celle-là qu'une autre.
Harpagon.
Tu luy disois tantost pourtant...
Cleante.
Je luy ay dit quelques douceurs en vostre nom , mais c'estoit pour vous plaire.
Harpagon.
Si bien donc que tu n'aurois pas d'inclination pour elle?
Cleante.
Moy? point du tout.
Harpagon.
J'en suis fâché , car cela rompt une pensée qui
m'estoit venue dans l'esprit. J'ay fait, en la voyant
icy, reflexion sur mon âge, et j'ay songé qu'on
pourra trouver à redire de me voir marier à une si
9 i L'AVARE.
jeune personne. Cette considération m'en faisoit quitter le dessein; et, comme je Pay fait demander et que je suis pour elle engagé de parole , je te Pau rois donnée, sans Paversion que tu témoignes.
Cleante.
A moy? A toy.
En mariage?
En mariage.
Harpagon.
Cleante.
Harpagon.
Cleante.
Ecoutez ; il est vray qu'elle n'est pas fort à mon goust; mais, pour vous faire plaisir, mon père, je me resoudray à l'épouser, si vous voulez.
Harpagon.
Moy, je suis plus raisonnable que tu ne penses : je ne veux point forcer ton inclination.
Cleante.
Pardonnez -moy; je me feray cet effort pour l'amour de vous
Harpagon.
Non, non ; un mariage ne sçauroit estre heureux où l'inclination n'est pas.
Cleante.
C'est une chose, mon père, qui peut-eslre viendra en suite ; et l'on dit que l'amour est souvent un fruit du mariage.
Harpagon.
Non, du costé de l'homme on ne doit point nV