ACTE I, SCENE V
j'estois avec luy quand on luy a parlé de cette affaire. Ma foy, ma foy, vous ne pouviez pas vous adresser à un médecin plus habile; c'est un homme qui sçait la médecine à fond comme je sçay ma croix de par Dieu, et qui, quand on devroit crever, ne démordroit pas d'un iota des règles des anciens. Oûy, il suit toujours le grand chemin , le grand chemin, et ne va point chercher midy à quatorze heures; et pour tout l'or du monde il ne voudroit pas avoir guery une personne avec d'autres remèdes que ceux que la Faculté permet.
Eraste.
Il fait fort bien : un malade ne doit point vouloir guérir que la Faculté n'y consente.
L'Apotiquaire.
Ce n'est pas parce que nous sommes grands amis que j'en parle; mais il y a plaisir, il y a plaisir d'estre son malade , et j'aimerois mieux mourir de ses remèdes que de guérir de ceux d'un autre : car, quoy qui puisse arriver, on est assuré que les choses sont toujours dans l'ordre ; et , quand on meurt sous sa conduite, vos héritiers n'ont rien à vous reprocher.
Eraste.
C'est une grande consolation pour un défunt.
L'Apotiquaire.
Assurément; on est bien aise au moins d'estre mort méthodiquement. Au reste , il n'est pas de ces médecins qui marchandent les maladies : c'est un homme expeditif , expeditif, qui aime à dépescher ses malades ; et, quand on a à mourir, cela se fait avec luy le plus viste du monde.
i58 MONSIEUR DE POURCEAUGN AC.
Eraste.
En effet, il n'est rien tel que de sortir promptement d'affaire.
L'Apotiquaire.
Cela est vray. A quoy bon tant barguigner et tant tourner autour du pot ? Il faut sçavoir vistement le court ou le long d'une maladie.
Eraste.
Vous avez raison.
L'Apotiquaire.
Voila déjà trois de mes enfans dont il m'a fait l'honneur de conduire la maladie, qui sont morts en moins de quatre jours, et qui, entre les mains d'un autre, auroient languy plus de trois mois. Il est bon d'avoir des amis comme cela.
L'Apotiquaire.
Sans doute. Il ne me reste plus que deux enfans , dont il prend soin comme des siens ; il les traite et gouverne à sa fantaisie , sans que je me mesle de rien ; et le plus souvent, quand je reviens de la ville, je suis tout étonné que je les trouve saignez ou purgez par son ordre.
Eraste.
Voila des soins fort obligeans.
L'Apotiquaire.
Le voicy, le voicy, le voicy qui vient.