SCÈNE IX
GABY. derrière le paravent, PUIS ZOZO ET LE HIBEL
zozo Mademoiselle?
GABY, derrière le paravent Qu'est-ce que c'est?
ZOZO Monsieur Le Hibel.
GABY Qu'il entre. {Zozo introduit Le Hibel. — Un léger temps.) Vous êtes là, cher ami?
LE HIBEL Mais oui. Je ne vous dérange pas?
GABY, trop aimable Est-ce que vous pouvez me déranger? Je suis toujours si contente de vous voir. Vous allez vous asseoir bien sagement et m'attendre cinq minutes. {Lançant le Fiuaro par-dessus le paravent.) Tenez, voilà pour vous distraire. Je sors du bain, je suis toute frissonnante...
jugez plutôt, {Elle passe la main par-dessus le paravent. Le Hibel s'approche et y dépose un baiser.) Qu'est-ce que vous faites?
LE HIBEL Je bois les gouttelettes.
GABY, riant Elles doivent sentir l'amande amère.
LE HIBEL, riant Pas trop.
GABY
Le temps de passer une robe et je suis à vous. J'ai toujours beaucoup de plaisir à vous voir; mais, aujourd'hui, je suis particulièrement impatiente de bavarder avec vous.
LE HIBEL Pas possible?
GABY
Parole! Je m'ennuyais de vous.
LE HIBEL Comme c'est gentil!
GABY
J'étais là, toute seule, à me morfondre; vous me manquiez beaucoup. {A ce moment le regard de Le Hibel tombe sur le chapeau haut de forme de Farin.)
Ah! vraiment!
Mais oui. Vous n'en doutez pas, j'espère?
LE HIBEL
Que non! (// se lève tout doucement et prend en mains le chapeau qu'd examine avec un très vif intérêt. Un silence.)
GABY
Qu'est-ce que vous faites en ce moment? LE HIBEL, qui continue à examiner le chapeau
Je m'instruis.
GABY
Pourtant, dans les journaux, il n'y a pas grand'chose ; qu'est-ce que vous lisez?
LE HIBEL, déchiffrant la coiffe
Des initiales.
GABY, riant
Comme ça le journal sera vile lu! Si vous ne regardez que la première lettre des mots!
LE HIBEL
Ce n'est pas ce qu'il y a de moins intéressant, surtout quand ces mots sont des noms.
GABY, riant
Ah! je vois, vous vous êtes, comme moi, précipité sur la nécrologie. N'est-ce pas que c'est amusant?
Bouffon!
VOIX DE GABY. qui s'éloigne Je suis presque prêle.
LE HIBEL Prenez tout votre temps. Quand je suis entré, vous
deviez être nue comme le péché; j'attendrai que vous soyez vêtue comme la sagesse.
VOIX DE GABY, riant
N'en espérez pas tant, sinon vous risqueriez de m'atteudre toute votre vie. {Silence. Le Hibel repose tout doucement le chapeau ù la place où il Vovait trouvé. Entre Mariette.)
SCËNE X LE HIBEL, MARIETTE
LE HIBEL, sapprochant vivement de Mariette, à Voix basse
Le baron est là.
MARIETTE Mais, Monsieur...
LE HIBEL Enfin, il y était tout à l'heure.
MARIETTE Mais, Monsieur....
LE HIBEL
Ne niez pas, j'en suis sûr. (5t7ence de Mariette.) Oui, vous ne voulez rien dire. Vous ne voulez pas compromettre votre patronne. Libre à vous! Ça ne me déplaît pas, d'ailleurs. Mais, vous, personnellement, vous avez désobéi à mes ordres.
MARIETTE
Monsieur n'avait pas à m'en donner; je n'ai jamais été à son service.
LE HIBEL Très juste.
MARIETTE
Monsieur sait que je ne suis pas une femme de chambre ordinaire.
LE HIBEL Vous me l'avez dit.
MARIETTE
Je le prouve. Ce n'est pas par ma servilité que je serais heureuse de conquérir la sympathie de Monsieur, mais, au contraire, par mon indépendance, ma personnalité, et, puis-je le dire sans immodestie, mon talent. Je suis une artiste, moi aussi.
LE HIBEL Vous le croyez.
MARIETTE J'attends toujours que Monsieur m'autorise...
LE HIBEL Ce moment approche peut-être.
MARIETTE Tant mieux!
VOIX DE GABY, appelant Mariette!
LAUTRUCHE 125
LE HIBEL
On vous appelle, allez. Mais pas un mot du baron, n'est-ce pas?
MARIETTE, à mi-Ooix
Entendu, Monsieur. {Haut.) Voilà, Mademoiselle. {Elle sort vivement par la porte de droite second plan quelle ferme derrière elle après avoir déplacé légèrement le paravent.)