‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 148 sur 194 · SCÈNE XXII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXII

MARIETTE, BIROULT

{Entre Biroult par le tambour. Il a un petit bouquet de violettes à la mcdn.)

BIROULT, gêné Bonsoir.

MARIETTE, troublée.

Bonsoir.

{Un temps, Biroult examine, avec Véiormement ahuri d'un provincial qui débarque, le salon de Mariette.)

BiROULT, gêné

Alors, c'est votre loge?

MARIETTE

Non, elle est là: ici, c'est le salon.

BIROULT

Où on vient vous encenser, vous dire des compliments, des fadaises...

MARIETTE

Si vous voulez. Comment le trouvez- vous?

BIROULT, qui a toujours son bouquet à la main

Oh! moi, vous savez!... Celui qui m'aurait dit, il y a six mois, quand je suis venu vous voir pour la dernière fois chez votre patrorme que, la visite d'après, je vous la ferais dans un théâtre, dans votre loge, après vous avoir vue danser en Espagnole et que vous seriez alors une femme célèbre, courtisée, qui ne s'appellerait même plus de son nom et à qui tous les journaux feraient de la réclame...

MARIETTE

Evidemment! Moi, ça ne peut pas beaucoup me surprendre, n'est-ce pas? Rappelez-vous, j'attendais tout ça! C'est même pour cette raison qu'entre nous...

BIROULT, vivement

Ne revenons pas là-dessus. Et quand je vois ça, je me demande ce que je suis venu faire ici. D'ailleurs, sans votre amie Nini, qui tout à l'heure m'a supplié... je ne sais pas encore pourquoi je me suis laissé convaincre.

MARIETTE

Parce que je ne vous suis peut-être pas tout à fait indifférente.

L'AUTRUCHE ^ ^ jL\9

BIKOULT, vivement Ohl si!

MARIETTE

Alors, sans Nini, vous ne seriez jamais revenu?

BIROULT, violemment Jamais I

MARIETTE, im temps

C'est pour moi, ce bouquet de violettes?

BIROULT

Je n'en sais rien. Je l'ai acheté tout à l'heure à la fleuriste du théâtre, machinalement... Nini m'avait parlé de vous, des fleurs que vous aviez reçues... Voilà!

MARIETTE Alors, ce n'est pas de vous-même, ce petit bouquet?

BIROULT, bourru Bien sûr que non, je vous en veux trop!

(// lui tend le bouquet de violettes.)

MARIETTE, riant, légère nuance de sensibililé meurtrie

Merci, Nini. {A ce moment, entre Zozo.) Qu'est-ce que c'est?

M. Chavol.

MARIETTE, à Biroult

Vous ne tenez pas à le voir?

BIROULT

Oh! non.

MARIETTE

Faites entrer M. Chavol dans ma loge par le couloir des artistes.

ZOZO Bien. Mademoiselle.

(// sort par le iond.)

MARIETTE, portant le bouquet de violettes à ses lècres Vous tenez à rester debout?

BIROULT Je vais m'en aller.

MARIETTE

Quand on ne s'est pas vus depuis six mois ! Vous m'aocorderez bien encore cinq minutes?

BIROULT Pas plus.

MARIETTE

Asseyez-vous tout de même, nous serons mieux f>our bavarder.

BIROULT, s*asse^ant

Je n'aime pas ces meubles.

Vous n'aimez rien ici.

BIROULT Non! Pas plus cette toilette que le reste.

MARIETTE Pas même moi.

BîROULT, exam'manl tour à tour l'installation et la toilette

Alors, ça y est? vous êtes devenue ce que vous vouliez? une pas grand'chosel

MARIETTE, riant un peu jaune

A la bonne heure, vous n'y cillez pas avec le dos de la cuiller I

BIROULT

Oh! moi, je dis ce que je pense; c'est peut-être mon seul mérite, mais je suis sincère. {La regardant avec profondeur.) Tant pis, c'est dommage !

MARIETTE

On dirait que vous êtes venu exprès aujourd'hui pour me gâcher tout le plaisir de mon succès!

BIROULT Il y a un peu de ça! Je le déteste, votre succès!

MARIETTE Vous êtes féroce !

BIROULT, presque involontairement Je vous aime!

MARIETTE, joyeusement Vrai?

Je suis idiot ; je ne devrais pas vous le dire et je vous le dis. Mais soyez tranquille, je vais disparaître et, cette fois, vous ne me reverrez plus.

MARIETTE Ça va recommencer?

BIROULT Je me sens trop mal à Taise ici.

222 JL'AUTRUCHE

MARIETTE Pourquoi? Je suis ici chez moi.

BIROULT Chez vous... si on veut; mettons : chez lui.

MARIETTE Qui ça, lui?

BIROULT Enfin, le bonhomme riche qui vous... qui est...

MARIETTE Qui est quoi?

BIROULT

Votre amant, parbleu I Vous tenez tant que ça à ce que je précise?

MARIETTE

Mais oui, je ne suis pas fâchée d'apprendre que j'ai un amant; moi, je ne m'en connaissais pas.

BIROULT Allons donc!

Ohl je ne dis pas que je n'en aurai pas un bientôt et il y a même beaucoup de chances pour que ce soit ce... bonhomme dont vous parlez, mais jusqu'ici...

BIROULT, sceptique N'est-ce pas?

MARIETTE, vivement

Vous ne me croyez pas? (Test tout de même comme ça; je suis tombée sur un homme délicat, ça arrive; ce qu'il a fait pour moi, il l'a fait imiquement p>our l'amour de l'art; libre à vous de ne pas me croire; mais ai vous

me coonaissiez mieux, vous sauriez que je ne mens jamais. C'est riquiqui de mentir; même quand j'étais fenune de chambre, je laissais ça aur cuisinières.

BIROULT, après un léger temps Mariette...

MARIETTE Maryse I

BIROULT Non, Mariette; pour moi. vous serez toujours Mariette. Maryse, c'est un nom de parade, bon pour les autres, pas pour moi.

MARIETTE Comme vous voudrez.

BIROULT

Alors quoi, rien à faire? C'est définitif? Vous tenez à être... enfin ce que vous allez être si vous ne l'êtes pas encore?

MARIETTE

Une artiste, vous voulez dire?

Oh! c'est un mot commode. Ce qu'il en couvre de marchandises frelatées, ce pavillon-là I

MARIETTE, vlvemeni Je vous défends de dire du mal des artistes.

BIROULT Vous avez raison, je n'en pense que de vous.

MARIETTE Idiot! {Elle jette à terre le bouquet de violettes.)

BIROULT

Ohl vous pouvez m'insulter; j'aime même mieux ça; ça me fait plaisir. (5e Isvanl.) Et puis ça me domie moins de regrets.

MARIETTE

Vous vous en allez déjà?

BIROULT

Je me demande encore pourquoi je suis venu. Non, mais est-on bête! Allons, adieu. (// lui tend la main. Marieile la prend après une courte hésitation.)

MARIETTE, les larmes aux ^eux Adieu I

{Biroult, qui a gardé la main de Mariette dans les âennes, attire brusquement Mariette contre lui et l'embrasse sur les lèvres.)

MARIETE, se débattant

Jacquot! (Se laissant un peu aller.) Jacquot! (5'ûfeandonnant tout à fait.) Jacquot! {Un temps.) Ce n'est pas bien ce que tu as fait là!

BIROULT

C'est stupide, mais ça a été plus fort que moi, je n'en pouvais plus. Je suis dégoûté de ma faiblesse. Je m'en veux, je me battrais,

MARIETTE Tu croyais que tu m'avais oubliée?

BIROULT Oui... je croyais.

MARIETTE

Et tu veux toujours t'en aller?

BIROULT

Je ne sais plus.

MARIETTE Reste, Le Hibel n'est rien pour moi, je te le jure.

BIROULT C'est tout comme.

MARIETTE Si tu voulais, il ne serait rien pour moi,

BIROULT Oui, on dit ça!

MARIETTE

Il n'y tient même pas. Ce qu'il aime en moi. c'est mov succès. Tandis que toi...

C'est toi tout court.

MARIETTE Alors, tu pourrais très bien,..

BIROULT Non.

MARIETTE Nous ne tromperions personne.

BIROULT Non.

MARIETTE Tu hésites?

BIROULT Ohl non, je n'hésite pas, je refuse.

MARIETTE C'est que tu ne m'aiimes pas, va-t'en.

BIROULT

Si je ne t'aimais pas, je resterais peut-être; c'est parce que je t'aime que je m'en vais.

MARIETTE

Comme tu voudras ! {Elle s'est jetée sur le canapé, très énervée, presque en larmes. Diroult remonte pour reprendre son chapeau. A ce moment la porte de la loge s'ouvre et Le Hibel paraît.)

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