‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 160 sur 194 · SCÈNE VI SIMONE. ALICE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI SIMONE. ALICE

SIMONE Toujours le mêmel

ALICE Toujours! Et je ne m'en plains pas. Paul, c'est toute la gaieté que le grave professeur Charlines, son papa, n'a jamais eu l'occasion de dépenser.

SIMONE Il t'en a fait cadeau. C'est ime chance. Tu viens?

ALICE Un moment. Tu es si pressée?

SIMONE Non, mais enfin...

ALICE J'ai la veine de l'avoir seule un instant; j'en profite.

SIMONE Ohl la veine I... Pourquoi me regardes-tu ainsi?

ALICE C'est défendu?

SIMONE Presque. Il y a des regards plus indiscrets que des questions.

Tu as donc des choses à cacher?

SIMONE Tu es bête.

ALICE

Alors? {Un temps.) Simone, qu'est-ce que tu as?

SIMONE Ah çàl tu es folle! Moi, j'ai quelque chose?

ALICE Oui.

SIMONE Je suis laide?

ALICE

Comment ferais-tu? Au contraire, ce soir, tu es particulièrement à ton avantage.

SIMONE Vrai?

ALICE Je te le jure.

SIMONE

Tant mieux, je serais si heureuse de lui plaire,

ALICE A qui? A mon mari?

SIMONE Non. Au mien. Si tu savais comme je l'aime 1

Ça se voit.

SIMONE Mais non. Ce qui se voit ne compte pas. Il n'y a que ce qui ne se voit pas qui compte. Nous nous aimons comme au premier jour. Plus qu'au premier jour. Car depuis quelque temps, il ne sait qu'inventer pour me faire plaisir. I! redouble d'attentions, de prévenances. Oui, ma chérie. Au début, mon Dieu, il me négligeait un peu. Il se négligeait aussi. Un homme de science, c'est tout naturel! Maintenant il est soigné; si je te disais qu'il devient presque coquet...

ALICE Voyez-vous ça!

SIMONE

Et même galant. Tiens. {Elle lui monte une bague.) Elle est jolie, n'est-ce pas?

Ravissante.

Et d'un goût!

Page 1