‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 162 sur 194 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, CHARLINES, entrant avec MADAME LAVIGNE et LAVIGNE. puis DARCIER et MADAME LEDOUX.

CHARLINES, de la porte du fond Alice!

ALICE

Oh! mes chers amis, excusez-moi. Ça va bien depuis tout à l'heure? Hein! croyez-vous que c'était joh, cette exposition de miniatures? Il y en a une surtout... {Présentant.) Mme Lavigne, Mme Darcier...

MADAME LAVIGNE, à Simone

Ah! madame, que je suis contente de vous connaître! Il y a longtemps que je le souhaitais. Je suis ime cliente du docteur Darcier, c'est-à-dire son obligée pour la vie. Je la lui dois positivement. Il m'a ressuscitée. {A son mari.) N'est-ce pas?

LAVIGNE, souriant Oh! il m'a fait bonne mesure.

SIMONE

C'est pour moi un grand plaisir, madame, de vous entendre parler ainsi de mon mari. Je connais sa valeur; mais je peux toujours craindre que ma tendresse ne m'illusionne. Votre admiration et votre reconnaissance me rassurent.

MADAME LAVIGNE

Eh bien, elles sont encore inférieures à ses mérites. Oui, madame, votre mari est un magicien. J'étais neurasthénique, je maigrissais, je ne dormais plus. Je suis allée le voir. Il m'a fait deux piqûres de son sérum. J'étais guérie. Depuis, j'ai repris mes bonnes joues. Je mange comme un chanoine et je dors comme un évêque. {A Simone.) Madame, votre mari est le premier médecin de France.

SIMONE, souriant Mais je le crois.

DARCIER, au fond

Hé là! Hé là! Comme vous y allez! Prenez garde! On pourrait vous entendre. J'ai des collègues par là.

MADAME LAVIGNE Tant pis pour eux, je ne retire rien.

DARCIER Vous êtes terrible! Enfin, j'ai bien fait d'arriver.

SIMONE

J'avoue que je commençais à te trouver d'une coquetterie!... On ne se fait pas attendre ainsi, et par de jolies femmes encore.

DARCIER

Que veux-tu? Je sais qu'on est très iiidulgent pour moi, toi la première; j'en abuse.

SIMONE, gentiment Mais oui.

{Elle tMmunte avec Alice près du bûiv-Ti^indonf.)

MADAME LAVIGNE Vous devriez le consulter, ma chère.

MADAME LEDOUX Je ne suis pas malade.

MADAME LAVIGNE

Vous le serez, c'est certain. N'est-ce pas, docteur, que cette petite femme-là aura besoin de vous un jour ou l'autre?

Oh! si madame Ledoux n'est pas plus malade que vous, chère madame Lavigne...

MADAME LAVIGNE

Ah! c'est trop fort! Je n'ai pas fait de la neurasthénie?

DARCIER

Pas tout à fait. Vous avez fait tout ce que vous pouviez pour en faire; mais, voilà, vous ne saviez pas vous y prendre.

MADAME LAVIGNE

Alors, je ne maigrissais pas?

DARCIER A peine.

MADAME LAVIGNE Et je dormais?

DARCIER

Trop. Je me suis contenté de vous faire dormir normalement. J'ai eu du mal, mais j'y suis arrivé.

MADAME LAVIGNE Eh bien, je retomberai malade pour vous faire enrager.

DARCIER Je vous en défie.

MADAME LAVIGNE Oh!

{Elle rejoint Alice et Simone.)

MADAME LEDOUX Bravo, docteur! Vous venez d'être très courageux.

N'exagérons pas.

MADAME LEDOUX C'est admirable. Vous dites la vérité.

DARCIER

Bien rarement. Il faut être très prudent. La vérité, c'est le plus dangereux de tous les remèdes.

MADAME LEDOUX, rattrapant Darder qui veut s'échapper

Je voudrais... je voudrais vous soumettre un cas intéressant.

DARCIER, à part

Aïe!... {Haut.) Mais comment donc!

MADAME LEDOUX

Figurez-vous, j'ai une tante de quatre-vingts ans qui habite Pacy-sur-Eure, et qui est végétarienne depuis quarante ans.

DARCIER

Elle a de bons légumes.

MADAME LEDOUX Elle arrose encore ses salades tous les matins.

DARCIER Tout est là.

MADAME LEDOUX

Avec de l'eau bouillie, figurez-vous.

DARCIER, se touchant le front Elle ne préférerait pas de l'eau de Seltz?

MADAME LEDOUX Oh! ce n'est pas par manie. C'est à cause du cancer.

DARCIER Tiens ! Tiens !

MADAME LEDOUX

Oui, elle lit tout ce qui paraît; elle a lu quelque part que c'était l'eau...

DARCIER

Elle lit trop, madame.

MADAME LAVIGNE, de la baie

Docteur, docteur, que pensez-vous des théories de Metchnikofî?

{Elle tousse.) DARCIER

Ohl oh! oh! Je pense... que vous ne devriez pas rester dans cette baie; vous allez prendre froid.

ALICE, à Mme Lavigne Si vous nous chantiez quelque chose?

DARCIER Excellente idée!

KiADAME LAVIGNE Oh! croyez-vous? Il faut que j'essaye ma voix d'abord. Je me suis peut-être enrhumée.

{Alice et Mme Lavigne sortent.)

MADAME LE DOUX, à Darder

Ce serait trop beau. {A SîmoTje.) Ce qui me plaît dans votre mari, madame, c'est qu'il a toutes mes idées en médecine.

SIMONE

Je l'en félicite.

MADAME GRIVARD, enii ouvrant la porte Mesdames, venez-vous? On va chanter par ici...

MADAME LEDOUX Dépêchons-nous, Je ne veux pas en perdre.

(Elle sort avec Mme Crivard.)

DARCIER Ouf!

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