JULIETTE. SORBIER
{Sorbier se jrotie, les mains.)
JULIETTE, dans le fond Eh bien, vous êtes content?
SORBIER
Enchanté... J'ai mis en fuite cette paire d'imbéciles. C'est du beau travail.
JULIETTE Ah! vous trouvez?
SORBIER Je trouve... Hein! en avait-il une frousse, le vieux, que je ne lui abîme son joli neveu?
JULIETTE
Oh!
SORBIER
Ça viendra d'ailleurs. Tout vient au poing de qui sait attendre.
JULIETTE, menaçante
Si vous faites çal...
SORBIER
Je le ferai.
JULIETTE
Je ne vous reverrai de ma vie!
SORBIER
Mais si! mais si! vous me reverrez, et même vous m'admirerez. Les fenmies ont le culte de la force.
JULIETTE Ça dépend desquelles.
SORBIER Toutes, sans exception.
JULIETTE, rageant
Oh! {Avec une voix angélique.) Et si je vous en priais?...
SORBIER
Alors, vous devriez bien commencer par le prier, lui, de ne pas vous presser la main en public. Ça ne se fait pas et ça m'est personnellement désagréable.
JULIETTE Ah! bah!
SORBIER
Vous oubliez que vous devez être ma femme,
JULIETTE Ce n'est pas dit.
Sans doute. Mais ça se dit. Pour le moment donc, c'est la même chose. En tout cas, vous êtes déjà ma maîtresse.
JULIETTE, bondissant Je suis...
SORBIER
Dame! tout le monde le croit. C'est la même chose. Vous avez tenu à mettre de l'irréparable entre votre mari
et V0U5; vous y avez réussi. Il n'y a que nous deux qui sachions ce qui en est.
JULIETTE Pardon, ce qui n'en est pas!
SORBIER
Sans doute, au point de vue de la vérité idéale; mais la vérité mondaine, la seule qui compte sur notre planète, c'est que vous êtes ma maîtresse.
JULIETTE Oh!
SORBIER
C'est comme ça; c'est la planète. Pour le moment, je suis votre amant; je serai votre mari. Je ne veux pas être ridicule avant la lettre, la lettre de faire-part... Un Paul suffit.
JULIETTE, sèchement Ah! ne mêlez pas le nom de Paul à vos histoires, je vous en prie.
Soit... Conclusion : la première fois que ce petit Benjol se permettra... je... (// fait un geste violent.)... Jusqu'à nouvel ordre, votre honneur est le mien.
JULIETTE Oui; mais le mien n'est pas le vôtre... pas encore, heureusement.
SORBIER
Ta, la, ta! Je vous aime; je suis jaloux et je ne permettrai pas qu'un monsieur, fût-ce ce petit verni de Benjol, se permette de vous... de me... enfin, vous me comprenez. Mais j'ajoute que j'interviendrais avec tout
autant d'énergie si je ne vous aimais pas et si je n'étais pas jaloux, simplement parce que vous êtes à moi... ou devez l'être. Voilà... C'est comme ça, c'est la planète.
JULIETTE, les larmes aux ^eux
Oh! c'est trop fort! Mais vous êtes plus... plus mari que l'autre; mais à côté de vous, Paul était un ange.
SORBIER, railleur
C'était Paul!
JULIETTE
Et vous êtes Raoul... c'est-à-dire un personnage dix fois plus embêtant encore. Ah! si j'avais pu me douter!... Tenez, voulez-vous le savoir? je vous déteste.
Vous m'adorerez.
Vous croyez?
JULIETTE
SORBIER
J'rn suis sûr. Les femmes ont le culte de la force. D'ailleurs, il n'y a pas d'offense... les déesses, ellesmêmes... Rappelez-vous!... Vénus... Mars... ma petite Vénus...
JULIETTE Zul!
SORBIER
Oh! que c'est peu olympien! (Se retournant.) Junon! enfin!
(// vient d'apercevoir Mme Ciriette, qui se dirige vers eux en todette de soirée très élégante.)