‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 27 sur 194 · JULIETTE. SORBIER · texte numérisé non relu

JULIETTE. SORBIER

{Sorbier se jrotie, les mains.)

JULIETTE, dans le fond Eh bien, vous êtes content?

SORBIER

Enchanté... J'ai mis en fuite cette paire d'imbéciles. C'est du beau travail.

JULIETTE Ah! vous trouvez?

SORBIER Je trouve... Hein! en avait-il une frousse, le vieux, que je ne lui abîme son joli neveu?

JULIETTE

Oh!

SORBIER

Ça viendra d'ailleurs. Tout vient au poing de qui sait attendre.

JULIETTE, menaçante

Si vous faites çal...

SORBIER

Je le ferai.

JULIETTE

Je ne vous reverrai de ma vie!

SORBIER

Mais si! mais si! vous me reverrez, et même vous m'admirerez. Les fenmies ont le culte de la force.

JULIETTE Ça dépend desquelles.

SORBIER Toutes, sans exception.

JULIETTE, rageant

Oh! {Avec une voix angélique.) Et si je vous en priais?...

SORBIER

Alors, vous devriez bien commencer par le prier, lui, de ne pas vous presser la main en public. Ça ne se fait pas et ça m'est personnellement désagréable.

JULIETTE Ah! bah!

SORBIER

Vous oubliez que vous devez être ma femme,

JULIETTE Ce n'est pas dit.

Sans doute. Mais ça se dit. Pour le moment donc, c'est la même chose. En tout cas, vous êtes déjà ma maîtresse.

JULIETTE, bondissant Je suis...

SORBIER

Dame! tout le monde le croit. C'est la même chose. Vous avez tenu à mettre de l'irréparable entre votre mari

et V0U5; vous y avez réussi. Il n'y a que nous deux qui sachions ce qui en est.

JULIETTE Pardon, ce qui n'en est pas!

SORBIER

Sans doute, au point de vue de la vérité idéale; mais la vérité mondaine, la seule qui compte sur notre planète, c'est que vous êtes ma maîtresse.

JULIETTE Oh!

SORBIER

C'est comme ça; c'est la planète. Pour le moment, je suis votre amant; je serai votre mari. Je ne veux pas être ridicule avant la lettre, la lettre de faire-part... Un Paul suffit.

JULIETTE, sèchement Ah! ne mêlez pas le nom de Paul à vos histoires, je vous en prie.

Soit... Conclusion : la première fois que ce petit Benjol se permettra... je... (// fait un geste violent.)... Jusqu'à nouvel ordre, votre honneur est le mien.

JULIETTE Oui; mais le mien n'est pas le vôtre... pas encore, heureusement.

SORBIER

Ta, la, ta! Je vous aime; je suis jaloux et je ne permettrai pas qu'un monsieur, fût-ce ce petit verni de Benjol, se permette de vous... de me... enfin, vous me comprenez. Mais j'ajoute que j'interviendrais avec tout

autant d'énergie si je ne vous aimais pas et si je n'étais pas jaloux, simplement parce que vous êtes à moi... ou devez l'être. Voilà... C'est comme ça, c'est la planète.

JULIETTE, les larmes aux ^eux

Oh! c'est trop fort! Mais vous êtes plus... plus mari que l'autre; mais à côté de vous, Paul était un ange.

SORBIER, railleur

C'était Paul!

JULIETTE

Et vous êtes Raoul... c'est-à-dire un personnage dix fois plus embêtant encore. Ah! si j'avais pu me douter!... Tenez, voulez-vous le savoir? je vous déteste.

Vous m'adorerez.

Vous croyez?

JULIETTE

SORBIER

J'rn suis sûr. Les femmes ont le culte de la force. D'ailleurs, il n'y a pas d'offense... les déesses, ellesmêmes... Rappelez-vous!... Vénus... Mars... ma petite Vénus...

JULIETTE Zul!

SORBIER

Oh! que c'est peu olympien! (Se retournant.) Junon! enfin!

(// vient d'apercevoir Mme Ciriette, qui se dirige vers eux en todette de soirée très élégante.)

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