‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 36 sur 194 · SCENE XVIII Les Mêmes, BENJOL, avec sa senicile · texte numérisé non relu

SCENE XVIII Les Mêmes, BENJOL, avec sa senicile

BENJOL

Qu'est-ce qui se passe?... Vous savez, la table se révolte. {A Juliette.) Notre ami Sorbier est furieux.

JULIETTE Parbleu!... C'est bien pour ça que je reste.

{Gêne.)

Ah! c'est vrai! vous ne vous connaissez pas non plus!... Dieu! que c'est embêtant!... Vous auriez bien dû vous faire présenter un jour moins... moins exceptionnel! Enfin, allons-y!... il faut bien, n'est-ce pas?... la bienséance continue. {Présenlanl.) Monsieur Benjol, son neveu.

D AS PRE Oui, mon neveu.

BENJOL Monsieur...

PAUL Monsieur...

M CIRIETTE, bas

Aïe!

PAUL, même jeu

Mais non, mais non, i! ne m'est pas antipathique.

M"*' cir:!itte Tant mieux!... Dites donc, Paul...

PAUL Ma chère amie...

M""^ CIRIETTE

Hum!... Si vous étiez raisonnable, savez-vous ce que vous feriez?

PAUL Je ne m'en doute pas.

M'"^ CIRIETTE Vous vous en iriez...

Où ça?

M""^ CIRIETTE

Ailleurs... Je vous ai assez présenté pour le quart d'heure.

PAUL

Mais jamais de la vie.

M"*'' CIRIETTE Pourquoi?

PAUL

Parce que je m'amuse beaucoup ici et qu'il y a longtemps que ça ne m'était pas arrivé.

M"^ CIRIETTE

C'est bien. Faites comme il vous plaira... Vous m'agacez, vous savez, presque autant qu'elle, et ce n'est pas peu dire... Mes amis, je commence à avoir faim. Je vais à table. Qui m'aime me suive! {Elle remonte. Personne ne bouge.) Tu viens, Juliette?

JULIETTE

Tout à l'heure, maman; je ne suis pas pressée. Va, je te rejoins dans cinq minutes.

M"*^ CIRIETTE

Du tout, du tout! Je te prie de me suivre... tu entends, je te prie... et si ça ne suffit pas, je te l'ordonne. Ah! mais...

JULIETTE

Désolée de te désobéir, maman; mais je n'ai déjà que trop de reproches à me faire vis-à-vis de Paul... Je ne commettrai pas l'impolitesse...

4 FOIS 7, 28 Ih17

M""' CIRIETTE Ah! tu ne commettras pas...

DASPRE, à Benjol Viens, toi.

BENJOL

Tu ne voudrais pas. On est trop bien ici. C'est plus rigolo que dans la salle.

M""' CIRIETTE C'est bien. J'irai seule.

JULIETTE

Trop tard, maman. Voici noire petit dernier. {Elle rit avec Benjol.)

SCP.NE XIX

Les Mêmes, SORBIER, avec sa serviette

SORBIER Ah! ça, qu'est-ce qui se passe?

M""" CIRIETTE Ça y est !.. . Le bouquet !

SORBIER

C'est de la haute fantaisie! Il faut aller chercher ses ivives dans l'autre camp!... Ce n'est pas un dîner; ; une partie de tenr.is. {A JuUelle et à Benjol, qui !.:.) Ah! vous trouvez ça drôle tous les deux?

BENJOL, s'avançant Tordant!

SORBIER même jeu

Vous n'êtes pas dur... Savez- vous, mon petit, que vous commencez à m'échaufîer le sang. Je vous trouve tout à l'heure la main perdue dans la main de madame. Maintenant vous lui chatouillez les oreilles avec je ne sais quelles plaisanteries dont je fais sans doute les frais. Croyez-moi, si vous tenez aux vôtres, restez-en là; ça pourrait finir mal.

BENJOL, insolent Pour vous?

SORBIER Je ne crois pas.

BENJOL

Eh bien, ça finira conome vous voudrez, mon brave garçon.

M"^ CIRIETTE

Allons bon! ils vont se manger le nez, maintenant!

SORBIER

A la bonne heure! Déblayons! Il y avait vraiment un peu trop de monde dans mon entourage... Pfutt! déblayons!

BENJOL

C'est pour moi que vous dites cela?

SORBIER Non... c'est pour votre oncle.

DASPRE, conciliant

Mais oui, c'est pour moi! Et tu vois, je prends ça très bien.

(// veut entraîner Bcnjol.)

BENJOL, le repoussant

Oh! je t'en prie!... Tout à votre disposition, mon cher, et de toutes les façons qu'il vous plaira.

SORBIER Enfin, on vous trouve.

BENJOL

On me trouve? Dites-moi, est-ce que, par hasard, vous m'avez beaucoup cherché, tous ces tempw-ci?

SORBIER Eh!... mon Dieu! assez.

BENJOL

Alors, vous êtes myope, mon petit ami, terriblement myope. Il faudra soigner cela... Je vous jure que je n'étais pas bien loin.

SORBIER

Oh!... si... Il y avait toujours entre nous l'épaisseur d'un oncle ridicule, et comme il l'est immensément...

D AS PRE Ah! pardon!... Qu'est-ce que je lui ai fait, à celui-là?

M'"" CIRIETTE, intervenant Voyons, messieurs, je vous en prie...

PAUL, la retenant Laissez donc...! C'est très agréable!

M"'" CIRIETTE Oh! vous!

SORBIER, à Benjol

Ah ! vous êtes tenace ! . . . Avez-vous assez fatigué madame de vos assiduités? L'avez-vous assez obsédée?... Ma parole, elle ne voyait que vous ici!... vous lui bouchiez la vue de la mer... Il est temps que l'on vous fasse disparaître. (A Julletlc.) Ma chère, faites-moi le plaisir de me suivre et finissons de dîner.

PAUL, de sa place

Pardon!... {Ahurissement de Sorbier.) Mon Dieu, oui.

{Froid général.)

M'"*' CIRIETTE Celle fois, j'aime mieux fermer les yeux.

SORBIER, à Juliette Vous venez, ma chère amie?

PAUL

N'insistez pas, mon cher monsieur; M""" Lorbey ne dîne pas au restaurant avec des étrangers sans mon autor ira lion ol, ce soir, je ne la donne pas.

SORBIER

Voyez-vous!... {A Juliette.) Quel est donc, ma chère amie, ce monsieur qui se permet?...

JULIETTE Excusez-moi, je suis impardonnable... c'est mon mari.

M"'" CIRIETTE Soigneur Jésus, je voudrais être à cent pieds sous terre,

i..in« une mme

SORBIER, ironique Monsieur Lorbey, peut-être?...

PAUL

Lui-même; mais pas besoin qu'on vous présente à moi, cher monsieur... Sorbier. Je vous connais.

SORBIER De loin!

PAUL

Oh!... à mon regret. Jusqu'ici le hasard n'y avait pas mis de complaisance. Mais je serais ravi de vous connaître d'aufsi près qu'il vous plaira... Vous me liquidez un peu vite, mon cher monsieur... Dieu merci, je ne suis pas mort; je suis là... je suis même un peu là. Je ne vous permets pas de prendre la défense de M"'" Lorbey. Vous me remplacez avec une désinvolture... gênante, et cela m'est très désagréable, et je vous le ferai i>ayer.

SORBIER, railleur Cher?

PAUL

Le prix que cela vaut.

SORBIER, enchanté A la bonne heure !

PAUL La vôtre sera la mienne.

SORBIER, se frottant les mains

Et de deux!

BENJOL, à Paul

Pardon, monsieur, vous permettez?... une question?... Dans quel ordre désirez- vous ?

PAUL

Je suis le premier, j'entends le rester. J'ai des droits qui priment les autres... Monsieur ne le contestera pas.

SORBIER

Non certes... Messieurs, j'habite ici même. J'attends vos divers amis.

(// rentre au restauranl en sifflotant. Benjol et Daspre remontent et sortent par le fond.)

SCËNE XX M"" CIRIETTE, JULIETTE, PAUL

M""' CIRIETTE

Mais c'est fou! c'est absurde! ... On ne se bat pas pour sa femme quand on est en instance de divorce. {A Juliette.) Et dire que tout ça, c'est à cause de toi... {Lui prenant la main.) Eh bien! qu'est-ce que tu as?... Tu es toute glacée?

JULIETTE, troublée

J'ai eu beaucoup d'émotion. {A Paul.) Paul, je n'ai pas voulu... tout à l'heure devant les autres, ça me gênait; mais maintenant que nous sommes entre nous... {Elle lui tend la main.) Merci!

PAUL, sans prendre la main Il n'y a pas de quoi, je vous jure.

Si! si! vous avez été très bien et j'en suis toute... toute émue. Pas, maman, qu'il a été très bien?

M""' CIRIETTE

Oh! moi, c'est simple : je n'ai plus d'opinion; je ne suis qu'exaspérée... je giflerais quelqu'un avec une joie ! . . . {Elle remonte.)

JULIETTE, à Paul Oh! si! vous avez été très chic.

PAUL

Non, Juliette, j'ai été ridicule comme les camarades. On est toujours ridicule dans ces circonstances-là. On plastronne; on fait le Jacques; on a des reparties de zouave; on est idiot. Je l'ai été. Ne le remarquez pas, c'est tout ce que je vous demande.

JULIETTE Mais enfin, vous pouvez être blessé demain?

PAUL C'est invraisemblable.

JULIETTE Pour moi?

PAUL

Non, ma chère, pour moi, pour moi tout seul.

JULIETTE Vous y tenez?

PAUL Essentiellement,

Cependant, tout le monde saura...

Erreur!... le monde saura que... je me bats pour une autre.

JULIETTE M"^' Manette?

PAUL Elle-même.

JULIETTE, nerveuse

Alors, c'est pour M"" Manette que vous allez vous battre avec ce Sorbier?

PAUL Officiellement, oui.

JULIETTE, même jeu

Je vous remercie. Je n'avais vraiment pas besoin de cette dernière insulte.

PAUL

Mais il n'y a rien là d'offensant pour vous. Vous n'êtes pas en cause.

JULIETTE Justement.

PAUL

Si vous teniez tant à ce que je reste votre défenseur, il ne fallait pas vous dérober à ma protection.

JULIETTE

Ah! mon cher, je vous en supplie, faites-moi grâce de vos leçons.

Rassurez-vous; ce sera la dernière.

JULIETTE J'y compte.

PAUL, à M""' Ciriette

Ma chère amie...

rT* ciriette, furieuse

Fichez-moi la paix!

{Paul salue et remonte. A ce moment paraît Manette. Paul va la chercher et rentre avec elle au restaurant. Juliette suit des x/eux leur sortie. Elle est visiblement exaspérée.)

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