SCÈNE X
Les mêmes. FRANÇOIS, apportant an petit bleu.
SAZY, à Santîsrns.
Tu permets?
Elle regarde Véaiiure et ouvre avec précipitation.
SANTIERNE Je t'en prie. (Remarquant V émotion de Sazy.) Ah! ah!
SAZY, après avoir lu
Mon petit Riquet, tu m'es décidément très utile, et je ne comprends pas comment jusqu'à ce jour j'ai pu me passer de toi.
SANTIERNE
C'est bien simple, lu végétais, SAZY
Sans doute... Voilà! Je suis forcée de sortir; tu recevras à ma place Gorgeron qui va venir; tu lui diras qu'une amie est venue me chercher, que j'ai été forcée de l'accompagner, qu'il veuille bien m'attendre, etc. etc., enfin qu'il y a eu force majeure,
Ah! ÎL est d'une force majeure... Tous mes compliments !
SA2Y Tu es bête,
SANTIERNE, insistant Son prénom, rien que son prénom?
SAZY, moitié jouant, moitié sérieuse Un mot de plus et je te casse aux gages.
SANTIERNE Bien. Je me muselle.
SAZY
Tu
es rroisse
SANTIERNE
Non, mais je regrette de constater que tu te défies de moi... déjà!
SAZY, e//e a le petit bleu à la main
Je ne me défie pas de toi; seulement il faut que nous refassions connaissance; en somme, il n*y a pas trois heures que tu es revenu; je ne peux pourtant pas te dévoiler tous mes secrets, conmie cela, d'emblée.
SANTIERNE C*est trop juste.
SAZY, elle plie le bleu et le met dans son corsage
Un homme délicat devrait comprendre ces choses; il y a certains sentiments de pudeur chez toute femme, même chez moi.
SANTIERNE, froid
Je te présente toutes mes excuses.
SAZY, lui tapotant doucement la joue
Allons, grande bête, je te pardonne... mais n'y reviens plus. — Je passe dans ma chambre et je file. — Je compte sur toi?
SANTIERNE
Tu peux. — C'est égal! Tu ne devrais pas avoir l'air si content de me plaquer ; ce n'est pas gentil.
SAZY» sortant Bah! Elle sort
SANTIERNE, s'assey^ant avec le livre
Bah! — Ma parole, les femmes ont la joie insolente. — Allons! allons! consolons-nous avec V Histoire dei trois jeunes filles et du portefaix.
SCËNE XI SANTÏERNE. MANETTE.
MANETTE, avec un sac de bonbons
. Madame envoie ceci à monsieur.
SANTÏERNE. à part
Ah! mais... Ah! mais... voilà décidément une soubrette selon mon corps... (Haut.) Qu'est-ce que c'est > des marrons déguisés. Fichtre! — Mademoiselle... Manette, n'est-ce pas?
MANETTE Oui, monsieur.
SANTÏERNE Vous remercierez madame de son amabilité.
MANETTE Madame vient de sortir.
SANTÏERNE
Ce n'est pas autrement pressé... quand elle rentrera. Mademoiselle Manette... {lui offrant) Je vous en prie...
MANETTE, refusant Merci, monsieur.
SANTÏERNE
Merci, non?
MANETTE
erci, non.
SANTIERNE
Vous êtes comme les petites filles sages; vous craignez les messieurs qui ofîrent des bonbons.
MANETTE, très librement
Oh! non! je ne crains personne; je n'aime pas les bonbons, voilà tout.
C'est bien extraordinaire.
MANETTE C*est comme ça.
SANTIERNE
Après tout, c'est un droit.
MANETTE
N'est-ce pas?
SANTÎERNE
Sans contredit.
MANETTE
On est comme on est.
SANTIERNE
Evidemment. — Et peut-on savoir comment vous êtes, mademoiselle Manette?
MANETTE
Voui le verrez bien vous-même à la longue.
SANTIERNE
La longue, c'est bien long.
MANETTE
En tout cas, je ne suis pas familière avec les gens que je ne connais p^as.
SANTIERNE, à pari
Attiape ! • — Ça, c'est une pierre dans le jardin que je n*ai pas. — {Haut) Vous avez tort d'être ainsi sur la défensive. Nous sommes destinés à vivre ensemble; il fallait bien faire connaissance.
MANETTE Vous pouviez vous y prendre plus adroitemeût
SANTIERNE, à part
Ahf mais! {Elle remonte.) (Haut) — Vous vous en allez! déjà! ce n'est pas de jeu.
MANETTE, très posém&it
Mais ça n'est pas un jeu.
Elle sort
SANTIERNE, mangeant des bonbons
Elle est adorable! cette petite-là... adorable! — Allons! Allons! n'y pensons plus, n'y pensons plus, ne pensons plus à rien... et consolons-nous avec V Histoire des trois jeunes filles et du portefaix.,. Histoire du second Saalouk'"
Il séîjale sur le canapé.