ACTE DEUXIÈME
Le Boudoir de Lucienne
Un très joli salon intime chez Hellouin. Borv-rijindori} au fond, à droite. A gauche, au fond, en pan coupé, une baie à portière donnant sur le grand salon. Autre sortie, à gauche, premier plan. Fleurs, bibelots, vitrines. A droite, second plan, un chiffonnier ancien, de st^le pur.
SCËNE PREMIERE
HELLOUIN. DORÉ. LUCIENNE
Au lever du rideau, Lucienne, en déshabillé, est étendue sur sa chaise longue. Hellouin et Doré prennent le café.
LUCIENNE, avec contrainte
Je vous remercie, monsieur Doré, d'avoir consenti à venir prendre le café dans mes appartements.
C'est au contraire, moi, chère madame, qui vous sui» reconnaissant de m'avoir jugé digne d'une pareille faveur. Car enfin, pour la première fois que vous me recevez.,..
LUCIENNE, se forçant a cire aimable Vous êtes un ancien camarade de mon mari. C'est ce qui excuse mon sans-gêne. Je n'étais pas assez vaillante aujourd'hui pour vous faire les honneurs de mon chez moi en vraie maîtresse de maison. Ce sera pour une autre fois.
Prochaine, n'eît-ce pas?
DORÉ
Vous êtes mille fois aimables tous les deux. HELLOUIN
Ma fem:ne est ravie d'avoir fait ta connaissance, mon vieux Dore; nous e-pérons t'avoir souvent; n'est-ce pas Lucienne?
LUCIENNE Mais certainement.
DOx^É
Tant eue vous voudrez. Je suis trop content d'avoir retrouvé wn vieil ami comme Hellouin. ïl n'a pas changé depuis Ccndorcet, lui, tandis que moi...
HELLOUIN, se /evcmf
Toi, tu es indécent de jeunesse. Ma petite Lucienne, nous allons te laisser, Doré et moi; nous con^mes d'abominables fumeurs et nous ne voudrions pas tSncomnjoder.
LUCIENNE
Restez, je vous en prie. D'ailleurs, vous ne me gênerez pas beaucoup; j'ai une lettre urgente à écrire; je vais aller dans ton bureau. Pendant ce teraps-là, vous pourrez évoquer tant qu'il vous plaira les souvenirs du
HELLOUÎN
Du lycée. Condorcet est un lycée. S'il savait que tu le traite? de collège!... En bien, soit! On t'obéit. On reste tes prisonniers; tu trouveras sur mon bureau tout ce dont tu pourras avoir besoin. Ne sois pas trop longue tout de même. Je connais Doré, ce vieux Doré. {// lui serre les mains.) Avec son air bonhomme, il est très susceptible. Si tu tardais, il s'imaginerait que tu lui en veux, qu'il t'a déplu, que sais-je? ou encore que c'est moi qui te cache, que je me méfie de lui, que je suis le sinistre jaloux; et, comme il a un sale caractère, il serait capable de m'en vouloir et de ne plus remettre les pieds ici.
C'e.^t vrai?