‹ Théâtre completChapitre 7 sur 78 · SCENE V SANTÎERNE, SAZY · texte numérisé non relu

SCENE V SANTÎERNE, SAZY

SAZY, lui tendant la main

Ça y est! Cobaye qui s'en dédit! Te voilà installé officiellement. Je vais voir tout à l'heure Gorgeron, ministre de mon intérieur, et tâcher de t' obtenir des appointements digneâ de toi,., dignes de nous» Combien te faiifcil par mois?

SANTÎERNE* gêne

Fixe toi-même. Tu comprends, moi, c'est très délicat; je ne sais pas combien peuvent valoir leé services que

je suis appelé à te rendre. Apprécie... Estime... C'est loi que ça regarde.

SAZY

Tu es bon! je n'ai jamais eu à mon service un îiomm« qui a été mon amant et qui a possédé soixante mille livres de rentes... C'est assez rare. Voyons! Six cents francs? Huit cents?

SANTIERNE

Mon Dieu! Huit cents!

SAZY

Tu le» aura5. Veux-tu entrer tout de suita en fonc* tien ?

Mon estomac trouverait prudent de ne pas remettre a demain.

SAZY

Soit! à partir du moment présent, tu es à mes gages. (Elle s'assied,) Attends, il faut que je m'asseye; j'en suis toute chose; c'est si imprévu. J'aurai du mal à m'y faire, tu sais, ma vieille.

SANTIERNE Et moi donc, mon vieux!

SAZY Oh! toi, tu as été mon amant pendant trois ans; c'est déjà un peu comme si tu avais été à mon service.

SANTIERNE

Sans doute, mais alors, c'était moi qui de tes désirs fâisaii des ordres, tandis que maintenant..,

SAZY C* »j>a le coûtMiîjr*; dâroeî C3 5oot le* mconvéalentâ

du métier. Autre chose. Tu auras une indemnité de logement et coucheras en ville; je ne veux pas t'imposer U sixième et la promiscuité des larbins et des femmes de chambré.

SANTIERNE Tu €5 gentille...

SAZY

Js vais donc t'arranger un petit appartement... qui pourra me servir au besoin... Tu fais la grimace? Sapristi! cs-tu pu n'es-tu pas philosophe?

SANTIERNE

Tu as une façon de définir la philosophie! Mais sois tranquille, je suis philosophe à efirayer feu Baptiste. Rien ne m'émeut, rien ne me gêne, rien ne me choque» rien ne m'exalte, rien ne m'ennuie,

SAZY, se levard

Tu es bien heureux; on voit que tu n'as pas à recevoir un des Bornettes.

SANTÎERNE N« !• recoin pas.

SAZY Impossible. Et si Gorgeron mourait demain?

SANTIERNE Ou te plaquait...

SAZY

Cela jamais. Je suis sûre de son moral; malheureusement il y a le physique qui n'est pas immortel. Parmi les ruptures, c'est encore celle d'un anévrisme qui me paraît le plus à craindre. Je garda donc des Bornettes, qui est une poire, pour la soif future. Seulement, dès maintenant, j^a U fQrme. Ainsi «i ce moment il pausa... il

apprend Tart de la pause. Telle la nèEc sur la paille, ça le mûrit.

SANTIERNE

Laisse-moi fadmirer; tu es belle et ton âme sent bon. SAZY

Tant pis pour lui et pour les autres, mon vieux ; je suis une bête de plaisir et ça n'est pas pour mou plaisir ; il est juste que ça ne soit pas non plus tous les jours pour le leur que ces messieurs viennent ici.

Décidément, je n'envie pas mes successeurs.

SAZY

Tu as raison, tu as été le mieux partagé. Toi, je t'ai presque aimé. Tu es à peu près le seul homme que j'aie ruiné sans que ça m'ait fait plaisir. Allons, va dans la bibliothèque; si j'ai besoin de toi, je te ferai signe. Ahî dis donc; tu m'as eu l'air de tiquer sur Manette, ma femme de chambre; autant que possible, oa me la débauche pas»

SAxVTIERNE

Voyons, Sazy. pour qui me prends-tu ?

Eh! pour un homme qui me vaut et je me connais ; je ne te fiattc pas; «liions, cochon, embrasse-moi une dernière fois.

SANTIERNE

Ménage-moi; }e suis capable de redevenu amoureux fou de toi.

SAZY Tant pis pour toi! Ce serait bête.

SANTÎERNE

Ce serait surtout involontaire. Dis-moi, tu aurais encore le cœur de me faire souffrir ?

SAZY

Je n'y résisterais pas si tu souffrais bien. SANTIERNE

Rassure-toi donc; je suis un vieux monsieur très fatigué et je n'ai plus le moindre goût pour le voyage. N-i-ni, fini, et heureusement! Où irais-je si j'étais encore capable de me monter le job ? Non, mais où irais-je, je te le demande ?

Sur son fumier probablement.

SANTIERNE

Très joli. Dis donc, tu me rappelleras quand tu auras besoin de moi. Je vais dans la bibliothècjue m'exercer à me faire croire que c'est arrivé. J'ai du mal à m'y faire.

SAZY

Et moi donc! Veux-tu me faire le plaisir de sonner?... SANTIERNE

Comment donc! {Il laisse machinalement son doigt sur le bouton électrique.)

SAZY

E^ bien! assez. Ils ne sont pas sourds, tu saisi

SANTIERNE C'est juste.

Il sort

SCËNE VI SAZY. FRANÇOIS

SAZY

François, introduisez M. le vicomte des Bornettes.

FRANÇOIS

C'est qu'au moment où madame sonnait, madame Salanzy demandait justement à voir madame.

Maman? Faites-la entrer, François; si le vicomte s*ennuie dans le grand salon, qu'il aille dans le petit où il y a, je crois, un plus grand nombre de mes photographies.

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