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LES ENGAGEMENTS DU HASARD, ACTE I, SCÈNE III

RaîsoDnez, car pour moi je gagne sur ce point Aatanl à raisonner qu*à ne raisonner point.

D. FADRIQUB.

Que me veut cette dame, enfin que prétend-elle?

CLARIN.

Ne vous Tai-je pas diti vous brouiller la cervelle : Heureux si son amour pour vous si diligent, Ne vous escroque pas à la fin votre argent.

D. FADRIQUB.

Ta crainte est bien fondée.

CLARIN.

Assez bien.

D. FADRIQUE.

Tu raffines.

CLARIN.

Pour attraper le monde on fait mines sur mines; Et de ces rendez-vous souvent Tappas trompeur Tend un piège à la bourse, et point du loutaucœur. Je crains bien quelque emprunt, monsieur, à ne D. FADRIQUE. [point rendre.

Qu'un sentiment si bas me pût jamais surprendre?

CLARIN.

Vous faites l'esprit fort ; mais s'il faut qu'en effet...

D. FADRIQUE.

Tais- toi.

Pour VOUS convaincre examinons le fait.

Las sur terre et sur mer de parcourir le monde. Vous fixez en ces lieux votre nef vagabonde, Depuis huit jours au plus nous sommes à Madrid, Et dès le lendemain, monsieur, on vous écrit ; Le rendez-vous se donne, où maltresse invisible  vos perfections se déclare sensible.

Et poursuivant sa chance ainsi de jour en jour. Pour vous prendre au filet vous enlretientd'amour. Point de nom, on le cache avec un soin extrême : Demander à la voir, c'est commettre un blasphème : La suivre, encore pis; c'est la perdre. Ma foi. Je l'empêcherais bien de se moquer de moi. Et de force ou de gré...

D. FADRIQUB.

Tu vas un peu trop vite.

CLARIN.

Enfin, sans plus tarder, j'en voudrais être quitte : Cest vous plaire, monsieur, à vous laisser tromper.

D. FADRIQUB.

Non, non, je ne suis pas si facile à duper. Mais pourrais-je me rendre à ce soupçon infâme? Car enfin l'entretien est un miroir de l'àme; Et quelque effort qu'on fasse à bien dissimuler, Pour se faire connaître, il suffit de parler. AhîQuedanssesdiscoursj'aidécouverldecharmes; Et pour leur résister, qu'il faut de fortes armes!

CLARIN.

Vous en tenez, monsieur, pour le moins à demi.

D. FADRIQUE*

Sans doute*

Et que devient la sœur de votre ami ? Comment dans votre cœur gouvernez- vous El vire?

D. FADRIQUE.

Toujours pour ses appas mon triste cœur soupire : Mais ne t'étonne point si je tâche en ce jour D'éteindre un feu si beau par un nouvel amour. Tu sais qu'ailleurs son frère engage sa franchise. Que sa foi par son ordre à don Lope est promise, Qu'il est parti pour Flandre, et qu'enfin leur traité N'attend que son retour pour être exécuté.

CLARIN.

C'est fort bien avisé; mais vous avez la mine D'irriter votre mal par cette médecine.

Cet objet inconnu, si j'en ai bien jugé. Vous rend plus amoureux, et non plus engagé : Et quand pour sa beauté, que je suppose vraie. Vous vous serez laissé longtemps donner la baie, La belle s'éclipsant enfin, en un beau jour, Vous perdrez la maltresse, et garderez l'amour.

D. FADRIQUE.

Pourquoi juger si mal de son ardeur fidèle.

Si même avant deux jours je la dois voir chez elle?

CLARIN.

Vous ne manquerez pas à l'assignation?

D. FADRIQUE.

Doutes-tu de mon cœur, ou de ma passion?

Et me vois-tu d'humeur à mépriser qui m'aime?

CLARIN.

Non, monsieur; mais enfin gardez le stratagème

D. FADRIQUB.

Ta sotte défiance est un étrange mal.

CLARIN.

Pour moi, je n'irais point.

D. FADRIQUE.

Tu parles en brutal.

J'irais, quand je saurais queie destin m'apprête ..

CLARIN.

Vous ferez bien, monsieur, vous l'avez à la tête : Mais, si vous m'en croyez, pour ne rien hasarder, En ce cas donnez-moi votre bourse à garder.

D. FADRIQUE.

Sa conversation te tient bien en cervelle?

CLARIN.

Oui. Je crains le péril plus pour vous que pour elle. Cette adroite inconnue, à l'entretien si doux, Sait, comme je le sais, qu'il fait bon avec vous; Et pour chasser bien loin tout soupçon d'imposture, Par des discours sucrés, sans montrer sa figure, Elle vous a longtemps exprès amadoué :

Mais qu'on m'étrille bien si vous n'êtes joué; Et si l'on ne vous fait, recevant la visite. Monter tout doucement, et descendre fort vite.

D. FADRIQUE.

Que je souffre à t'ouïr extravaguer toujours! Mais voici don César qui vient à mon secours*

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