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SCÈNE II ŒNARUS, ARIANE, NÉRINE

GBNARU8.

Nevous offensez point, princesse iocomparable,

ARIANE, ACTE II, SCÈNE lU.

Si prêt à saccomber au malheur qui in*accable. Pour la dernière fois j*ai tâché d'obtenir La triste liberté de vous entretenir.

Je la demande entière; et, quoi que puisse dire Cefeaqai,malgrévous,prendsurmoitropd'empire, Vous pouvez, sans scrupule, en voir mon cœur at-

[teint.

Quand, pour prix de mes maux, je ne veux qu'être ARUNB. [plaint.

Je connais tout Tamour dont votre âme est éprise. Son excès m'a souvent causé de la surprise, El vous ne direz rien que mon cœur interdit Pour vous-même, avant vous, ne se soit déjà dit. TaDt d'ardeur méritait que ce cœur plus sensible A roffre de vos vœux ne fût pas inflexible. Que dun si noble hommage il se trouvât charmé; Mais, quand je vous ai vu, Thésée était aimé; Vous savez son mérite, et le prix qu'il me coûte ; Après cela, seigneur, parlez, je vous écoute.

OBNARUS.

Thésée a du mérite, et je l'ai dit cent fois. Votre amour eût eu peine à faire un plus beau choix, Partout sa gloire éclate, on l'estime, on l'honore, n TOUS aime, ou plutôt, madame, il vous adore; Vous le dire à toute heure est son soin le plus doux ; Et qui pourrait moins faire étant aimé de vous? Après cette justice à sa flamme rendue, La mienne par pitié sera-t-elle entendue? Je oe vous redis point que tous mes sens ravis Cédèrent à l'amour sitôt que je vous vis. Vous l'avez déjà su par l'aveu téméraire Que de ma passion j'osai d'abord vous faire. n fallut pour cesser de vous être suspect. Ne vous en parler plus, je l'ai fait par respect. Pour ne vous aigrir pas, d'un rigoureux silence Je me suis imposé la dure violence; Et s'il m'est échappé d'en soupirer tout bas, (rétai^)ien m'en punir, que ne m'écouterpas. Taotde rigueur n'a pu diminuer ma flamme, [d'âme. Pour vous voir sans pitié, je n'ai point changé J*ai souffert, j'ai langui d'amour tout consumé. Madame, et tout cela sans espoir d'être aimé. Par ?os seuls intérêts vous m'avez été chère. J'ai regardé l'amour sans chercher le salaire ; Et même en ce funeste et dernier entretien, Prôt peut-être à mourir, je ne demande rien. Rendez Thésée heureux, vousl'aimez, il vous aime; Mais songez, en plaignant mon infortune extrême, Que vos bienfaits n'ont point sollicité ma foi, Que vous n'avez rien fait, rien hasardé pour moi ; Enfin lorsque mon cœur dispose de ma vie, Cest sans vous la devoir qu'il vous la sacrifie. Pour prix du pur amour qui le fait soupirer, S'D était quelque grâce où je pusse aspirer. Je vous demanderais pour flatter mon martyre, Qu'aumoins, quand je vous perds, vous daignassiez

[me dire, Que sans ce premier feu pour vous si plein d'appas, J'aurais pu par mes soins ne vous déplaire pas.

Pour adoucir les maux où votre hymen m'expose Ce que j'ose exiger sans doute est peu de chose ; Mais un mot favorable, un sincère soupir, Est tout pour qui ne veut que l'entendre et mourir.

ÂRUNB.

Seigneur, tant de vertu dans votre amour éclate. Qu'il faut vous l'avouer, je ne suis point ingrate, Mon cœur se sent touché de ce que je vous doi, Et voudrait être à vous, s'il pouvait être à moi ; Mais il perdrait le prix dont vous le croyez être. Si l'infidélité vous en rendait le maître. Thésée y règne seul, et s'y trouve adoré ; Dès la première fois je vous l'ai déclaré. Dès la première fois.. .

OBNARUS.

C'en est assez, madame, Thésée a mérité que vous payiez sa flamme. Pour lui, Pirithoûs arrivé dans ma cour, Va presser votre hymen, choisissez-en le jour. S'il faut que je donne ordre à l'apprêt nécessaire. Parlez, il me suffit que ce sera vous plaire. J'exécuterai tout. Peut-être il serait mieux De vouloir épargner ce supplice à mes yeux. Que doit faire le coup, si l'image me tue? Mais je me priverais par là de votre vue. C'est ce qui peut surtout aigrir mon désespoir. Et j'aime mieux mourir que cesser de vous voir.

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