SCÈNE VI ARIANE, NÉRINE
ARIANE
As-tu conçu mon infortune?
n n'en faut point douter, je suis trahie. Hélas 1 Nérîne.
NéRINB.
Je vous plains.
ARIANE
Qui ne me plaindrait pas?
Tu le sais, tu l'as vu, j'ai tout fait pour Thésée, Seule à son mauvais sort je me suis opposée; Et quand je me dois tout promettre de sa foi, Thésée a de l'amour pour une autre que moi? Une autre passion dans son cœur a pu naître? J'ai mal ouï, Nérine, et cela ne peut être. Ce serait trahir tout, raison, gloire, équité, Thésée a trop de cœur pour tant de lâcheté. Pour croire qu'à ma mort son injustice aspire.
NÉRINE
Pirithoûs ne dit que ce qu'il lui faut dire; Et quand il a voulu l'attendre si longtemps. Ce n'était qu'un prétexte à ses feux inconstants. Il nourrissait dès lors l'ardeur qui le domine.
ARIANE
Ah! Que me fais-tu voir, trop cruelle Nérine? Sur le gouffre des maux qui me vont ahtmer. Pourquoi m'ouvrir les yeux quand je les veux fer- Hélas! 11 est donc vrai que mon âme abusée [mer? N'adorait qu'un ingrat en adorant Thésée? Dieux, contre un tel ennui soutenez ma raison. Elle cède à l'horreur de cette trahison ; Je la sens qui déjà... Mais quand elle s'égare, Pourquoi la regretter, cette raison barbare. Qui ne peut plus servir qu'à me faire mieux voir Le sujet de ma rage et de mon désespoir? Quoi, Nérine, pour prix de l'amour le plus tendre...