RUNE
Entre les bras d'une autre! Avant ce coup, ma sœur, J'aime, je suis trahie, on connaîtra mon cœur. Tant de périls bravés, tant d*amour, tant de zèle, M'auront fait mériter les soins d'un infidèle? A ma honte partout ma flamme aura fait bruit Et ma lâche rivale en cueillera le fruit? J'y donnerai bon ordre. Il faut, pour la connaître, ' Empêcher, s'il se peut, ma fureur de paraître. Moins l'amour outragé fait voir d'emportement. Plus, quand le coup approche, il frappe sûrement. C'est par là qu'affectant une douleur aisée. Je feins de consentir à l'hymen de Thésée; A savoir son secret j'intéresse le roi. Pour l'apprendre, ma sœur, travaillez avec moi: Car je ne doute pas qu'une amitié sincère Contre sa trahison n'arme votre colère.
Que vous ne ressentiez tout ce que sent mon cœur.
P^DRB.
Madame, vous savez...
ARIANE
Je vous connais, ma sœur.
Aussi c'est seulement en vous ouvrant mon âme. Que dans son désespoir je soulage ma flamme. Que de projets trahis! Sans cet indigne abus, J'arrêtais votre hymen avec Pirithoùs ; Et de mon amitié cette marque nouvelle Vous doit faire encor plus haïr mon infidèle. Sur le bruit qu'aura fait son changement d'amour, Sachez adroitement ce qu'on dit à la cour, Voyez iEglé, Mégiste, et parlez d'Ariane; Mais surtout, prenez soin d'entretenir Cyane. C'est elle qui d'abord a frappé mon esprit, Vous savez que l'amour aisément se trahit. Observez ses regards, son trouble, son silence.
PHÈDRE
J'yprendstropd'intérêtpourmanquerde prudence. Dans l'ardeur de venger tant de droits violés. C'est donc cette rivale à qui vous en voulez?
ARIANE
Pour porter sur l'ingrat un coup vraiment terrible. Il faut frapper par là, c'est son endroit sensible. Vous-même jugez-en. Elle me fait trahir. Par elle je perds tout, la puis-je assez haïr? Puis-je assez consentir à tout ce que la rage M'offre de plussanglant pour venger mon outrage? Rien après ce forfait ne me doit retenir, Ma sœur, il est de ceux qu'on ne peut trop punir. Si Thésée, oubliant un amour ordinaire.
M'avait manqué de foi dans la cour de mon père, Quoi que pût le dépit en secret m'ordonner, Cette infidélité serait à pardonner.
Ma rivale, dirais-je, a pu sans injustice D'un cœur qui fut à moi chérir le sacrifice; La douceur d'être aimée ayant touché le sien, Elle a dû préférer son intérêt au mien. Mais étrangère ici, pour l'avoir osé croire. J'ai sacrifié tout jusqu'au soin de ma gloire; Et pour ce qu'a quitté ma trop crédule foi,
Je n'avais que ce cœur que je croyais à moi; ' Je le perds, on me l'ête, il n'est rien que n'essaye La fureur qui m'anime, afin qu'on me le paye. \ J'en mettrai haut le prix, c'est à lui d'y penser.
PHEORK.
Ce revers est sensible, il faut le confesser. Mais quand vous connaîtrez celle qu'il vous préfère, Pour venger votre amour, que prétendez-vousfairt*
L'aller trouver, La voir, et de ma propre main, Lui mettre, lui plonger un poignard danslem Mais pour mieux adoucir les peines que j'enduit, Je veux porter le coup aux yeux de mon parjure, Et qu'en son cœur les miens pénétreut à loisir Ce qu'aura de mortel son afi'reux déplaisir. Alors ma passion trouvera de doux charmes A jouir de ses pleurs comme il faitdemeslanofê; Alors il me dira, si se voir lâchement Arracher ce qu'on aime est un léger tourment
PBàORB.
Mais, sans l'autoriser à vous êti^ infidèle. Cette rivale a pu le voir brûler pour elle; Elle a peine à ses vœux peut-être à consentir.
ARIANE
Point de pardon, ma sœur, il fallait m'avertir; Son silence fait voir qu'elle a part au parjare. Enfin, il faut du sang pour laver mon injure. De Thésée, il est vrai, je puis percer le cœur, Mais, si je m'y résous, vous n'avez plusdewur. Vous aurez beau vouloir que mon bras seretieoue, Tout perfide qu'il est, ma mort suivra lasieDue; Et sur mon propre sang Tardeur de nous unir. Me le fera venger aussitôt que punir.
Non^ non, un sort trop doux suivrait sa perfidie, Si mes ressentiments se bornaient à sa vie. Portons, portons plus loin l'ardeur de l'accabler, Et donnons, s'il se peut, aux ingrats à trembler. Vous figurez-vous bien son désespoir extrême, Quand dégouttante encor du sang de ce qu'il aime, Ma main offerte au roi dans ce fatal instant, Bravera jusqu'au bout le douleur qui Tattend? C'est en vain de son cœur qu'il croitm'avoir chassée; Je n'y suis pas peut-être encor toute effacée; Et ce sera de quoi mieux combler son ennui, Que de vivre à ses yeux pour un autre que lui.
PHÈDRE. [l'àme...
Mais pour aimer le roi , vous sentez-vous dans
ARUNB. [n»e-
Et le moyen, ma sœur, qu'un autre objelm'enfliœ- Jamais, soit qu'on se trompe, ou réussisse au choii, Les fortes passions ne touchent qu'une fois. Ainsi l'hymen du roi me tiendra lieu de peine; Mais je dois à mon cœur cette cruelle géoe, G'estluiqui m'a fait prendre un trop indigne amour, Il m'a trahie, il faut le trahir à mon tour. Oui, je le punirai de n'avoir pu connaître [Ik» Qu'en parlant pour Thésée, il parlait pour un tral- D'avoir... Mais le voici. Contraignons-nous si bieo, Que de mon artifice il ne soupçonne rien.