SCÈNE V ARIANE, NÉRINE
ARIANE
Ah, Nérine I
KÉRINE
Madame, après cequejevoi.
Je Tavoue, il n'esl plus ni d*honneur, ni de foi. Sur les plus sainls devoirs riojustice remporte. Que de chagrins 1
ARIANE
Tu vois, ma douleur esl si forte.
Que succombanl aux maux qu'on me fail découvrir Je demeure insensible à force de souffrir. Enfin d'un fol espoir je suis désabusée; Pour moi, pour mon amour, il n*esl plus de Thésée, Le lemps au repentir aurail pu le forcer; Mais c'en esl fail, Nérine, il n'y faul plus penser. Hélas ! Qui l'aurail cru, quand son injuste flamme Par Tennui de le perdre accablail lanl mon àme. Qu'en ce terrible excès de peines, de douleurs. Je ne connusse encor que mes moindres malheurs? Une rivale au moins, pour soulager ma peine, M'oiïrail, en iaperdanl, de quoi plaireà ma haine. Je promellais son sangà mes bouillanls Iransporls, Mais je Irouve à briser les liens les plus forls ; El quand dans une sœur, après ce noir oulrage. Je découvre en Iremblanl la cause de ma rage, Ma rivale, el mon Iratlre, aidés démon erreur, Triomphenl parleur fuite, el bravenl ma fureur. Nérine, enlres-lu bien, lorsque le ciel m'accable, Dans toul ce qu'a mon sorl d'afl'reux, d'épouvanla- La rivale sur qui tombe celte fureur, [ble?
C'eslPhèdre, celte Phèdre à qui j'ouvrais mon cœur. Quand je lui faisais voir ma peine sans égale. Que j'en marquais l'horreur, c'élailà ma rivale La perfide, abusanl de ma tendre amitié, Montrait de ma disgrâce une fausse pitié; El jouissanl des maux que j'aimais à lui peindre. Elle enélailla cause, elfeignail de me plaindre. C'est là mon désespoir; pour avoir trop parlé, Je perds ce que déjà je tenais immolé. Je l'ai portée à fuir, el par mon imprudence Moi-môme je me suis dérobé ma vengeance. Dérobé ma vengeance! A quoi pensé-je? Ah, dieux 1 L'ingrate I On la verrai l Iriompher à mes yeux I C'esl Irop de palience en de si rudes peines. Allons, partons, Nérine, el volons vers Alhènes.
Mêlions un prompl obslacle à ce qu'on lui promet, Elle n'esl pas encore où son espoir la met; Sa morl, sa seule morl, mais une mort cruelle...
NERINE.
Calmez celte douleur, où vous emporte-l-elleY Madame, songez-vous que tous ces vains projets, Par l'éclal de vos cris, s'entendenl au palais!
ARIANE
Qu'importe que parloul mes plaintes soient ouïes? On connall, on a vu des amantes trahies, A d'autres quelquefois on a manqué de foi; Mais, Nérine, jamais il n'en fui comme moi. Par celle tendre ardeur donl j'ai chéri Thésée, Avais-je mérité de m'en voir méprisée?
De tout ce que j'ai fail considère le fruit. Quand je suis pour lui seul,c*esl moi seule qu'il fuit; Pour lui seul je dédaigne une couronne offerte; En séduisanl ma sœur, il conspire ma perte. De ma foi chaque jour ce sonl gages nouveaui, Je le comble de biens, il m'accable de maux; El par une rigueur jusqu'au boul poursuivie, Quand j'empêche sa morl» il m'arrache la vie. Après l'indigne éclal d'un procédé si noir, Je ne m'étonne plus qu'il craigne de me voir. La honte qu'il en a lui fail fuir ma rencontre, Mais enfin à mes yeux il faudra qu'il se montre. Nous verrons s'il liendra conlre ce qu'il me doit, Mes larmes parleronl ; c'en esl fail s'il les voit Ne les conlraignons plus, el par celte faiblesse De son cœur étonné surprenons la tendresse. Ayant à mon amour immolé ma raison, La peur d'en faire Irop sérail hors de saison. Plus d'égard à ma gloire ; approuvée, ou bliméCi J'aurai loulfail pour moi, si je demeure aimée. Mais à quel lâche espoir mon Irouble me réduit^ Si j'aime encor Thésée, oublié-je qu'il fuit? Peul-élre en ce moment aux pieds de ma rivale, Il ril des vains projets où mon cœur se ravale. Tous deux peul-ôlre... Ah, ciel I Nérine, empêcl»ei D'ouïrce que j'entends, de voir cequeje voi. H Leur Iriomphe me lue, el toute possédée De celle assassinante el Irop funeste idée, Quelques brasqueconlreeuxmahalne paisse anir
Je soufi're plus encor qu'elle ne peul punir.