‹ Théatre completChapitre 108 sur 1461 · SCÈNE XII MENDOCE, PHILIPIN · texte numérisé non relu

SCÈNE XII MENDOCE, PHILIPIN

MENDOCE

Faispourmoi ce qu'il faut, ton maître le commande, Mais tu te mêles donc aussi de son métier?

PHILIPIN.

Depuis que je le sers, je suis demi-sorcier.

MENDOCE

Mais est-il si savant?

PHILIPIN.

Plus qu'on ne l'imagine.

C'est un terrible esprit I

MENDOCE

Il en a bien la mine.

On dirait à l'ouïr quand il parle d'autrui,

Qu'il lit dans tous les cœurs, ou le diable pour lui.

MENDOCE

Qu'un valet est à plaindre avec tel personnage I Ainsi, si quelquefois allant faire message. Un ami par hasard te vient prendre en défaut, Et t'oblige à tarder un peu plus qu'il ne faut. Tu n'oses lui donner cette bourde légère : M Le courrier est venu plus tard qu'à l'ordinaire ; J'ai longtemps attendu que monsieur eût écrit; J'ai vu chez le tailleur s'il faisait votre habit; « Et ce que nous fournit en diverse rencontre, La peur d'être chassés, ou de recevoir montre? Pour moi, je gueuserais plutôt que consentir A faire choix d'un maître à qui n'oser mentir.

PHILIPIN.

D'abord, ainsi qu'à toi, cela m'était bien rude;

LE FEIiNT ASTROLOGUE, ACTE V, SCÈNE I.

Mais OD se fait à tout avec beaucoup d'étude.

M£NDOGB.

Ta n'oserais d'ailleurs, quoiqu'avec gens discrets, iNi médire de lui, ni conter ses secrets; Où s'il arrive enfin, quand la bile le presse, Qu'à bons coups de bâton il te fasse caresse, De peur de pis encore il le faut filer doux, Et, sans oser t'en plaindre, avaler ton courroux. Oh, qu'on est consolé quand devant ses semblables Od donne de grand cœur son maître à tous les dia« Cette seule douceur vaut tout le mal passé, [blés!

PHILIPIN.

C'est à quoi rarement je me suis exercé ; Aussi mon maître est bon.

MBNDOCB.

Facile, ou difficile; Eouoe belle nuit, ma foi, je ferais gile.

PHILIPIN.

Ne saurait-il pas bien mon dessein en ce cas?

MBNDOCK.

Autre incommodité que je ne comptais pas.

Mais où je trouve encor de grands désavantages,

S'il perce dans les cœurs et lit sur les visages,

Le moyen ea servant, d'amasser un teston l

Remplit-on le gousset sans le tour du bâton?

Et pouvons-nous avoir de quoi faire débauche,

Saoscesmeausprofitâquinousvieonentàgauche?

Tu sais que de l'argent qui tombe en notre main,

Selon l'occasion, on retient le douzain.

Et que peu de valets en font quelque scrupule.

puiLipm.

C'est-à-dire en deux mots que tu ferres la mule? Cest un bon revenu dont il me faut passer, Hoo maître hait le vol plus qu'on ne peut penser? Et je crois pour cinq sols que sans miséricorde, 0 me ferait apprendre à danser sous la corde. Héme je te plains fort de l'être venu voir, Te servant du talent, et l'ayant fait valoir ; Car, comme en te voyant il l'aura pu connaître; 0 pourra bien tantôt en avertir ton maître.

MBNDOGE.

En avertir mon maître? Hélas 1 Je suis perdu.

PUILIPIN.

Pourquoi? Ton pis aller n'est que d'être pendu.

MBNDOCB.

Bé, de grâce, en faveur d'un compagnon d'office. Empêche, si tu peux, qu'il ne l'en avertisse.

PHIUPIN.

As-tu bien dérobé?

MBNDOCB.

Peu de chose à la fois.

PHILIPIN»

Mais souvent ?

MBNDOCB.

Environ vingt ou trente par mois.

PHIUPLN.

A te dire le vrai, je n'y sais qu'un remède.

MBNDOCB.

IHs-le moi promptement afin que je m'en aide.

PHIUPIN.

Mon maître a maintenant tant de soins en Tesprit, . Que, sans qu'il pense à toi, tu peux quitter Madrid: N'attends donc point ce soir à faire ton voyage, Cours vite de ce pas dresser ton équipage; Que ton vieillard après soit de tout averti, T'enverra-t-il chercher quand tu seras parti?

MBNDOGE.

Étant en mon pays je ne le craindrais guère; Mais c'est bien loin d'ici.

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