SCÈNE III
LA GLOIRE, aiARS, LA RENOMMÉE, LA FORTUNE, L'AMOUR.
LA GLOmE.
La Gloire, à qui le ciel toujours
Donna les héros à défendre, I^ ce temple où j'ai soin chaque jour de me rendre.
Je viens d'entendre vos discours.
Eu vain, dieu des guerriers, dont lafière puissance
Vous fait redouter des mortels, Vous prétendez détruire les autels Que j'ai fait élever au héros de la France; Il mérite encor plus, et n'est point, comme vous, Incessamment rempli d'un aveugle courroux.
Lorsqu'il entreprend quelque guerre.
C'est pour mieux maintenir de légitimes droits, Ou pour confondre ceux qui, méprisant les rois. Se veulent ériger en tyrans de la terre. Rendez-lui donc justice, et dans tous ses combats
Vous-même accompagnez ses pas.
Ainsi de vos fureurs on ne pourra se plaindre; Et secondant Louis, qui partout sait charmer. En même temps que vous vous ferez craindre. En même temps vous vous ferez aimer.
(A la Fortune.)
La Fortune, je le confesse,
A sujet de se chagriner.
Elle est d'un sexe à voir avec quelque tristesse Que ses adorateurs l'osent abandonner;
Mais qu'elle se fasse justice.
Ses bienfaits sont souvent suivis de trahison; Elle ne fait jamais de bien que par caprice, Et le dieu des Français n'en fait que par raison.
Il récompense le mérite.
Sans même qu'on l'en sollicite; Et pour se rétablir, la Fortune aujourd'hui
Doit se ranger auprès de lui.
On oubliera son inconstance.
Et par un surprenant effet.
On lui croira de la prudence;
Et c'est ce qu'on n'a jamais fait.
(A la Renommée.)
Pour vous répondre aussi, déesse, Le travail est pénible à remplir votre emploi; Mais le charmequ'on trouve à parlerd'un grand roi, Ne dcmande-t-il pas qu'on en parle sans cesse?
Depuis que par l'ordre des cieux Vous publiez les merveilles Et des hommes et des dieux.
En avez-vous jamais raconté de pareilles. Ni de qui le récit vous fût si glorieux? Quand aux demi-héros qui prennent pour offense, Que de leurs noms obscurs vous fassiez peu d'état, A quoi bon vous charger d'actions sans éclat. Dont jamais l'avenir ne prendra connaissance? Malgré le valu orgueil dont ils sont éblouis,
Laissez- les dans la poussière.
Et donnez-vous tout entière A publier des exploits inouïs ; Dites plus que jamais cent héros n'ont pu faire;
Vous n'aurez qu'à nommer Louis, Et dans tout l'univers on vous croira sincère.
(A l'Amour.)
Vous souffrez, je le connais bien,
J'entre dans votre inquiétude; Demeurer sans pouvoir est un destin bien rude, Et je plains fort l'Amour qui ne s'occupe à rien; Mais venez voir Louis, et tâchez de lui plaire,